Portrait de Bernard Garrette, Honorable Écrivain Créatif

 

Aujourd’hui, nous vous présentons Bernard Garrette qui, en plus d’être professeur dans une école de commerce bien connue (attention : jeu de mots dans le titre de l’article !), est l’auteur d’un surprenant et réjouissant recueil de nouvelles : Vous voulez de mes nouvelles?. Mêlant humour, finesse, émotion, tendresse, poésie et intrigue, cet ouvrage est à l’image de son auteur. Au détour de quelques questions, il a accepté de partager avec nous, son univers littéraire : 

 

Comment êtes-vous devenu auteur et depuis quand écrivez-vous ?

J’écris et je dessine depuis l’enfance. Au collège, j’avais créé un journal où je publiais des histoires, des bandes dessinées, des caricatures… les miennes et celles des autres ! J’assurais en gros 60% du contenu, mais j’encourageais tout le monde à contribuer. Avec un copain, on tirait chaque exemplaire sur une machine à alcool et on le vendait aux autres élèves pour rembourser les stencils et le papier. Certains de mes camarades de l’époque ont gardé tous les numéros depuis quarante ans !

 

Plus tard, vers seize ou dix-sept ans, j’ai fait un livre de bandes dessinées très inspiré de la Rubrique à Brac de Marcel Gotlib, que j’aimais beaucoup. Heureusement, cette œuvre n’a jamais été diffusée. Je l’ai gardée dans un dossier secret, lui-même planqué dans un carton connu de moi seul, à la cave.

 

Devenu adulte, je me suis mis à écrire pour faire mon métier de professeur et de chercheur. J’ai publié beaucoup d’articles de recherche et plusieurs livres sur la stratégie d’entreprise, en français et en anglais. En parallèle, j’ai continué à dessiner et à écrire des nouvelles, puis je me suis mis à peindre.

On peut dire que je suis devenu « auteur », au sens où vous l’entendez, quand François Forcadell a accepté de publier mes nouvelles dans Cargo Zone, un excellent magazine qu’il avait créé en 2007. Hélas, ce journal, qui ressemblait un peu au Pilote de la grande époque, n’a fait que cinq ou six numéros avant de disparaître corps et biens. J’ai continué à écrire des nouvelles… qui restaient sur mon disque dur. En 2016, j’ai eu envie de les publier et je me suis dit que le mieux était d’en faire un livre. Ce livre a été publié chez Librinova en octobre dernier sous le titre Vous voulez de mes nouvelles ?

 

Quel mot vous définit le mieux ?

Beau. Tout à fait entre nous, je pense que mon seul vrai concurrent dans ce domaine est Brad Pitt.

 

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

En général, l’inspiration vient d’un élément réel (un personnage marquant, une situation bizarre…) dont  j’ai envie de parler. Prenez par exemple un coup de téléphone de la police en pleine nuit ou une personne dont vous avez été secrètement amoureux étant adolescent… Toute la difficulté est de transformer l’anecdote personnelle en une histoire qui puisse intéresser d’autres que moi. Alors j’invente une intrigue dans laquelle j’aborde, de manière un peu décalée, des thèmes universels qui nous tiennent tous à cœur : l’amour, la séduction, la mort, la vieillesse, la maladie, l’éducation, l’addiction, l’éducation sentimentale…

 

J’essaie d’écrire d’une manière concise, à la fois humoristique et touchante. J’accorde beaucoup d’importance aux personnages et aux dialogues, qui doivent être amusants, attachants, et surtout sonner « juste ».

 

Je me creuse la tête pour trouver pour chaque histoire une « chute » surprenante ou paradoxale. C’est ce qui me semble le plus difficile. Certaines histoires n’aboutissent pas et restent inédites parce que je n’ai pas trouvé de « chute ».

 

Les objets et les images sont aussi des sources d’inspiration. Une des histoires que j’ai écrites m’a été inspirée par la voiture d’un copain, une vieille 403. J’avais envie de dessiner une 403 et de raconter comment on conduit une 403. Ça m’a inspiré le dessin et le titre de l’histoire : « première en bas ». L’intrigue est venue en décrivant par le menu comment on conduit une 403… et c’est devenu une histoire d’amour un peu nostalgique, jusqu’au jour où je lui ai trouvé une chute comique. Du coup, j’ai trouvé ça marrant et j’ai mis des vieilles Peugeot un peu partout dans mes histoires.

 

Mais ma plus grande source d’inspiration est la transpiration. Il m’est arrivé de repasser 50 fois sur la même histoire de cinq pages, et la réécrire entièrement plusieurs années après avoir fait la première version, jusqu’à ce que tout sonne juste et qu’il n’y ait pas un mot de trop. J’efface et je recommence beaucoup, en écriture comme en dessin.

 

Quand et comment vous est venue l’idée d’écrire Vous voulez de mes nouvelles ?

L’année 2015 a été très difficile pour moi : deuil, échec, maladie et handicap (temporaire, heureusement). Il fallait que l’année 2016 soit différente, alors que j’étais immobilisé chez moi et encore convalescent. J’ai voulu me faire plaisir et je me suis lancé un défi : écrire douze nouvelles publiables à partir des histoires qui traînaient sur mon disque dur, et dessiner moi-même une illustration pour chaque nouvelle.  

 

Au fond, je voulais ressusciter un genre en voie de disparition : les courtes nouvelles illustrées que publiaient des magazines comme The New Yorker, The Strand Magazine, et plus près de nous Pilote et Fluide Glacial. C’est un genre considéré comme mineur. Mais il nous a donné des bijoux littéraires comme Sherlock Holmes de Sir Arthur Conan Doyle (textes) et Sidney Paget (dessins) dans The Strand Magazine, ou encore Le Petit Nicolas de René Goscinny (textes) et Jean-Jacques Sempé (dessins) dans Pilote. Et n’oublions pas Bruno Léandri qui a écrit une nouvelle par mois dans Fluide Glacial pendant trente ans. Ses histoires ont été illustrées par les plus grands dessinateurs du journal.

 

Certaines nouvelles écrites pour des magazines sont de purs chefs-d’œuvre. Les textes sont des merveilles d’intrigue, d’humour et de concision. Et les dessins contribuent plus qu’on ne croit : savez-vous que c’est Sidney Paget et non Conan Doyle qui a créé la silhouette de Sherlock Holmes et l’a affublée de la casquette à double visière et du manteau que nous connaissons tous ? Et, dites-moi, que serait le charme du Petit Nicolas sans les dessins de Sempé ?

 

Eh bien, j’ai voulu faire encore mieux. J’ai retenu l’idée d’avoir un « héros » et des personnages récurrents dans mes histoires, mais j’ai voulu éviter d’écrire toutes les histoires sur la même trame. J’ai essayé de varier les genres et la structure des récits (nouvelles à chute, nouvelles policières, histoires d’amour, flash-backs, histoires à épisodes, etc.) tout en maintenant un fil romanesque qui relie les histoires entre elles. De plus, comme je fais moi-même mes dessins, j’ai veillé à une parfaite cohérence avec le texte, jusque dans le moindre détail, ce qui est rarement le cas, même chez les maîtres du genre.

 

Pouvez-vous me parler de votre expérience avec Librinova ?

Les quelques amis à qui j’avais fait lire mon manuscrit m’ont poussé à le publier. Après une rapide enquête, je me suis rendu compte que l’envoyer à un éditeur classique ne m’apporterait rien. Les éditeurs refusent presque systématiquement les nouvelles : « tout le monde adore ça mais personne n’en achète ! » Quant à des nouvelles illustrées, ça fait « littérature jeunesse »… et mes dessins « ne sont même pas en couleurs ! »

 

En un mot, pour un éditeur classique, mon manuscrit était un OVNI.

 

Restait l’édition à compte d’auteur, mais j’avais du mal à m’y résigner car je lui trouvais des relents d’arnaque à l’écrivain raté. C’est alors que j’ai découvert Librinova en lisant un article vieux de quelques mois dans Les Echos. J’ai pris contact et j’ai tout de suite compris que j’avais trouvé la réponse à ma question. Tout a marché comme sur des roulettes, de manière incroyablement simple, transparente, rationnelle et professionnelle. Par exemple, moi qui trouve que les livres sont beaucoup trop chers (surtout les livres d’auteurs inconnus), j’ai pu fixer un prix très bas. En quelques semaines, j’ai atteint des chiffres de diffusion tout à fait coquets, que je n’aurais jamais eus en librairie, à supposer que mon livre ait pu atteindre la moindre librairie, ce qui était très improbable.

 

Avez-vous un prochain livre ou projet en tête ?

Dans le genre OVNI, je pense à un livre qui composerait une histoire en alternant des chapitres en français et en anglais, comme si deux narrateurs, l’un francophone, l’autre anglophone, se répondaient pour raconter les deux facettes d’une même histoire. Beaucoup de gens lisent les deux langues et je pense que ça n’a jamais été fait. Ça pourrait prendre la forme d’un roman épistolaire qui serait en même temps un manuel de correspondance pour les gens qui ne savent pas comment écrire des lettres d’amour. Qu’est-ce que vous en pensez ?

 

Portrait Chinois

 

Si vous étiez un écrivain célèbre, vous seriez :

David Lodge

 

Si vous étiez le personnage d’un roman, vous seriez :

Cyrano de Bergerac, mais zut, c’est un personnage de théâtre, pas de roman. Je peux quand même ? Merci. Le roman est décidément un genre trop dominant ! C’est bien d’explorer d’autres territoires littéraires.

 

Si vous écriviez vos mémoires, le titre en serait :

Madame Bovary, c’est pas moi ! (d’ailleurs, tout porte à croire qu’elle s’est suicidée).

 

Si vos livres étaient adaptés au cinéma, quel acteur voudriez-vous pour jouer le rôle ?

Louis Jouvet. Mais ça ne se fera pas : il est mort.

 

Si vous organisiez un dîner exceptionnel, qui seraient vos invités idéaux ?

Il y aurait une seule invitée, et je ne vous dirai pas qui.

 

Crédit photo : baobab_flamboyant

1 commentaire

Publié par STOLOWY : le 29 novembre 2016

Excellent récit très émouvant de cet ado très généreux. Cette prof est la seule femme qu’il a aimée.
Très amusant et à la fois très profond.
BRAVO

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