Interview de l’écrivaine Delphine Giraud : de Librinova aux éditions Fleuve

Dans le petit monde de la littérature, il est des histoires qui font rêver et forcent l’admiration. Celle de Delphine Giraud en fait indéniablement partie. Après avoir essuyé les refus des maisons d’édition avec « Six ans à t’attendre », l’autrice vendéenne a décidé 15 ans plus tard de s’autoéditer avec Librinova. Mais la belle histoire ne s’arrête pas là puisque l’été dernier, Delphine Giraud a signé un contrat avec les éditions Fleuve.

De quoi parle votre roman « Six ans à t’attendre » ?

DG : « Six ans à t’attendre » raconte l’histoire d’une jeune femme, Rachel, qui a perdu l’amour de sa vie six ans plus tôt. Vincent a disparu dans un accident de moto l’avant-veille de leur mariage, et son corps n’a jamais été retrouvé. Six années plus tard, alors qu’elle est à Paris pour des raisons professionnelles, Rachel croise dans la rue un homme : elle est persuadée qu’il s’agit de Vincent. Incapable de réagir sur le moment, elle n’est pas en mesure de savoir si c’est vraiment lui. Aidée de sa sœur et son meilleur ami, elle se lance alors à la recherche de Vincent.

« À l’époque je m’étais dit que ce n’était pas grave, que je recommencerai, que je renverrai un manuscrit, que je persévérerai… »

Quelle est la genèse de ce projet littéraire ?

Ça faisait quinze ans que j’étais sur ce livre. J’avais l’histoire en tête depuis mes 20 ans. Au départ je n’écrivais que des bribes sans parvenir à aller au bout du roman. Je l’ai écrit une première fois d’une traite et je l’avais envoyé à des éditeurs. C’était il y a 8 ou 9 ans, sans succès. À l’époque je m’étais dit que ce n’était pas grave, que je recommencerai, que je renverrai un manuscrit, que je persévérerai. J’ai repris l’écriture en 2016, ça m’a pris un an pour réécrire l’histoire. J’ai tout recommencé mais les personnages et l’histoire n’avaient pas changé eux. Une fois terminé, j’ai envoyé le roman à des éditeurs, et je me suis dit, tant qu’à faire, autant l’envoyer à des grands éditeurs. Et puis les retours négatifs sont arrivés les uns après les autres. Certains disaient simplement que ça ne leur convenait pas, mais d’autres m’ont conseillé de trouver une alternative pour me faire éditer, en citant Librinova.

 

Combien d’éditeurs aviez-vous contactés ?

J’avais contacté une dizaine de grandes maisons d’édition, en envoyant des manuscrits par la poste pour trois d’entre elles, et le reste par mail. J’ai approché les éditions Robert Laffont, Flammarion, Fleuve (chez qui je suis maintenant), Plon, Harper Collins, Belfond. Trois d’entre elles m’ont incitée à me tourner vers Librinova. D’abord je me suis demandé ce que c’était. J’ai tout de suite pensé à une maison à compte d’auteur et ça a plutôt mauvaise réputation dans les milieux littéraires. Quand je me suis lancée, à mes débuts, on me parlait d’auteurs qui s’étaient fait avoir et déboursaient des sommes énormes pour être publiés. Mais avec trois maisons d’édition qui me conseillaient Librinova, je me suis dit qu’il fallait quand même que j’aille voir. J’ai vu que ce n’était pas une maison à compte d’auteur, que c’était un autre concept. Alors je me suis renseignée, je suis allée sur internet et j’ai échangé avec un auteur qui avait été publié par Librinova, Carl Pineau. C’est comme ça que je me suis lancée. J’ai contacté Librinova et ils se sont tout de suite montrés très réactifs. Ils m’ont répondu très vite et j’ai senti qu’il y avait de la bienveillance, donc je me suis lancée !

« L’autoédition, c’est la seule solution pour moi aujourd’hui pour y arriver. »

Quel a été le parcours de votre livre avec Librinova ?

Tout est allé très vite. En mai 2018, alors que je partais en vacances, j’ai annoncé à tout le monde sur Facebook que j’allais sortir mon propre livre. À l’époque, je n’allais quasiment jamais sur les réseaux sociaux. Je ne m’attendais donc pas à avoir beaucoup de résultats. Et en fait, à ma grande surprise, il y a eu un vrai engouement. Les gens m’ont encouragée « c’est bien, c’est top ! Il faut aller au bout de tes rêves ». Le livre est sorti fin mai 2018 en version numérique, et je me demandais si j’allais atteindre les 1 000 ventes. Mais les gens derrière moi avaient envie que je réussisse ! Tout le monde était à fond : « Alors, tu en es où ? ». C’est très sympa de voir les proches et les lecteurs se prendre au jeu.

 

Pourquoi le cap des mille livres vendus est-il si important ?

Pour les auteurs qui vendent plus de 1 000 exemplaires de leur livre en moins de 18 mois, Librinova propose un accompagnement avec un agent littéraire. C’était mon but, dès le début, en m’engageant avec Librinova, de me faire éditer par une grande maison d’édition. Mon challenge c’était donc de faire ces 1 000 ventes en 18 mois pour que Librinova me représente auprès des maisons d’édition. C’est cet accompagnement qui m’a attirée vers Librinova. C’est ça que je voulais.

Quel est le rôle de l’agent littéraire ?

Le rôle de l’agent littéraire est d’aller vers les maisons d’édition pour leur proposer des livres. Il nous représente, nous auteurs et autrices, pour avoir plus de poids auprès des éditeurs. Il a le réseau, il connait les bonnes personnes, sait à qui s’adresser, et quelle maison est plus susceptible qu’une autre de proposer un livre dans son panel. Pour ma part c’est Andrea qui m’a accompagnée, et c’est grâce à elle que j’ai décroché mon contrat avec Fleuve éditions. Nous sommes toujours en contact et Andrea continue de me suivre aujourd’hui au travers du Programme Agent Littéraire de Librinova.

 

Après l’autoédition de votre livre avec Librinova, sa sortie en librairie a-t-elle été rapide ?

Oui, tout est allé très vite pour mon livre. Vers mars 2019, les ventes ont décollé sérieusement. À cette époque je devais être à 2 000 ventes et déjà, je me disais que c’était très bien et que le livre avait vécu sa vie. Il n’y avait rien de concret avec les maisons d’édition donc je me disais que ce serait pour la prochaine fois. Je me concentrais sur mon nouveau livre et d’un coup les ventes ont décollé. J’enregistrais des centaines de commandes par jour, c’était impressionnant. Je ne saurais pas l’expliquer. Je suis restée numéro un des ventes sur Amazon pendant deux mois ! C’est à cette période, en mai 2019, que la maison d’édition Fleuve a contacté Librinova pour éditer mon livre. « Six ans à t’attendre » est sorti en librairie en juillet. La sortie du livre s’est donc faite en deux mois, chose qui est plutôt rare car c’est souvent un long processus qui prend parfois un an.

« Je suis restée numéro un des ventes sur Amazon pendant deux mois ! »

Conseilleriez-vous l’autopublication à un auteur qui souhaite se lancer ?

Oh oui ! Sans aucun doute ! Quand je vois les auteurs qui, eux, passent par Amazon par exemple, je trouve qu’il y a un gros manque d’humain. C’est justement ça qu’on retrouve chez Librinova : de l’humain. Quand vous avez besoin d’un conseil, que vous avez un doute, une question, ils sont là pour vous répondre. Avec Librinova, il y a vraiment quelqu’un derrière. C’est là, pour moi, la grande différence avec l’autoédition via Amazon par exemple.

 

Avez-vous d’autres projets littéraires en ce moment ?

Oui, j’ai écrit un 2e livre une fois que j’ai eu terminé « Six ans à t’attendre », avant même de savoir ce qui m’attendait ! Ce deuxième livre n’est pas un roman, c’est un témoignage et ce format ne rentre pas dans la ligne éditoriale des éditions Fleuve. C’est pourquoi ça ne paraîtra pas chez eux. Donc je projette de m’autoéditer de nouveau chez Librinova. Et j’ai aussi un projet de roman, avec Fleuve éditions de nouveau, pour une sortie prévue en 2021.

« Je n’aurais jamais pensé un jour pouvoir vivre, même un petit peu, de ma plume. […] Mais je me dis chaque jour que ça peut très bien s’arrêter demain, alors je profite à fond de ce que je suis en train de vivre ! »

Avez-vous fait de l’écriture votre métier ?

On va dire que c’est mon 2e métier. Je travaille dans les ressources humaines, mais j’ai réduit mon temps de travail. J’ai pris une journée par semaine pour pouvoir écrire et me consacrer aux activités liées à l’écriture. Ces deux dernières semaines par exemple, j’ai passé mes vendredis sur des salons. Donc écrire est ma 2e activité. Je n’aurais jamais pensé un jour pouvoir vivre, même un petit peu, de ma plume. Je ne peux pas en vivre pleinement, mais on verra demain.

 

Séances de dédicaces, émissions de radio : comment vit-on la vie d’autrice à succès ?

Toute expérience est bonne à prendre, mais je dois dire que la nouveauté est un peu stressante. Ce n’est pas naturel pour moi. Pour quelqu’un qui écrit, ce n’est pas évident d’aller s’exprimer devant des gens qu’on ne connaît pas. C’est une étape difficile. Mais je me dis chaque jour que ça peut très bien s’arrêter demain, alors je profite à fond de ce que je suis en train de vivre ! En résumé, je prends tout ce qu’il y a à prendre sans réaliser forcément ce qui est en train de se passer je pense !

 

Propos recueillis le 22.11.2019

Pour aller plus loin :

Les meilleures maisons d’édition françaises en 2019 pour les auteurs auto-édités

→ Les idées reçues sur l’autoédition ?

→ Quels sont les critères de sélection des éditeurs ?

4 commentaires

Publié par Delphine Lapaj : le 11 décembre 2019

Super ! cela fait plaisir de voir des auteurs auto édités décoller aussi rapidement sans tomber dans le piège de l’arnaque de certaines maisons d’édition.

Merci Librinova; félicitations à D Giraud

Publié par TNK : le 13 décembre 2019

N’a-t-on -vraiment- aucune explication au succès soudain du roman de Delphine Giraud ?

N’y a-t-il pas eu à la base une offre éclair Amazon ?
Une intégration aux romans mis en avant durant le mois ?
Un changement quelconque (intégration au programme Abonnement Kindle et/ou Prime reading) ?
Un changement de catégorie ou de prix ?

Ou bien est-ce la barre des cinquante commentaires, passée par le roman vers le mois de mars (époque où le livre a vraiment décollé) qui a joué ?
(Il existe de nombreuses rumeurs au sujet de ce seuil sur internet…)

OK, le roman est prenant et de qualité… mais ça, il l’était dès le 1er jour… alors comment expliquer ce succès, mérité certes, mais à l’heure actuelle inexpliqué à mes yeux (car hélas, il ne suffit pas qu’un roman soit bon pour qu’il ait du succès…) ?

Après Le Yeti, le monstre du Loch Ness et l’extraterrestre de Roswell, faudra-t-il ajouter Delphine Giraud à la liste des grands mystères de ce monde ? Je la trouve pourtant plus mignonne que les trio auquel je l’associe… 🙂

    Publié par Susan Degeninvile : le 17 décembre 2019

    Bonjour,

    Le déclic peut être un article dans un journal. Pour ma part, Attentat à Belle-Ile a vraiment démarré après la publication d’un article dans Ouest-France. Il n’est pas encore à 2000 ventes, mais il engrange des ventes chaque jour, Alors que je l’ai publié une première fois le 22 juin 2017, les ventes ont atteint 76 ventes en 2017, 364 en 2018 et 1376 en 2019, dont en octobre 330 et 449 en novembre – l’article a été publié fin septembre 19- Mes autres titres ont tous bénéficié de ce coup de booster, Le roi du poulet a ainsi atteint les 1000 ventes et un premier contact avec Andrea est prévu pour jeudi de cette semaine.
    Il faut aussi le temps de se faire connaître, j’ai démarré mes publications chez Librinova en janvier 2017 et j’ai maintenant 10 romans policiers publiés.
    je joue la carte de la série policière.
    En somme, même si pour le moment, je n’ai pas encore rencontré un éditeur traditionnel, j’avance et surtout je m’amuse car j’adore écrire… Je tiens aussi un blog, petitspolarsentrealmis.blogspot.com, sur lequel je diffuse un feuilleton, feuilleton qui devient un roman par la suite. si vous voulez échanger, c’est d’accord. Mais gardez à l’esprit que la détermination peut payer ! Il faut définir le genre de romans que vous écrivez et tenir sur le long terme.
    Susan Degeninville

    Publié par librinova : le 7 janvier 2020

    Bonjour,
    Non, il n’y a pas eu d’offre particulière lorsque les ventes ont explosé. C’est aussi un mystère pour nous 😉

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