Écrire un livre : comment faire ressentir au lieu de raconter ?

Écrire un livre : comment faire ressentir au lieu de raconter ?
06/03/2025
Conseils pour écrire un livre

C’est l’un des conseils les plus répétés aux écrivains en herbe : « show, don’t tell », autrement dit « montrez, ne racontez pas ». Mais que signifie réellement cette règle d’écriture ? Lorsqu’un auteur ou une autrice se contente d’énoncer un fait ou une émotion, celui ou celle qui lit reste passif. À l’inverse, lui faire vivre la scène, à travers des descriptions, des gestes ou des dialogues, immerge davantage le lecteur ou la lectrice. Pour autant, cette technique doit être manipulée avec précautions et ne s’applique pas systématiquement. Bien maîtrisée, elle donne vie au texte, mais elle peut aussi vite alourdir inutilement le récit.

Qu’est-ce que le « show, don’t tell » ?

Définition du concept

L’idée du « show, don’t tell » est simple : au lieu de décrire ou expliquer directement une émotion, une situation ou un état d’esprit, on le suggère par des actions, des réactions, des descriptions sensorielles ou des dialogues. Le but est d’impliquer le lecteur ou la lectrice en lui permettant de ressentir ce qui se passe au lieu de le lui imposer par des affirmations.

Quand un texte raconte (« tell »), il informe : « Elle avait peur de traverser la forêt ». Quand il montre (« show »), il fait vivre la scène : « Elle hésita devant l’entrée sombre du bois. Son souffle s’accéléra et ses doigts se crispèrent sur le tissu de sa jupe lorsqu’une chouette hulula au loin, lui arrachant un frisson ».

Dans le premier cas, on communique une information brute et le lecteur ou la lectrice doit nous croire sur parole. Dans le second, on sollicite l’imagination pour amener celui ou celle qui lit à déduire la peur du personnage. C’est beaucoup plus percutant, plus vivant et favorise l’identification au héros.

Un exemple concret

Prenons l’exemple d’une émotion forte, comme la colère, et voyons comment transformer une simple déclaration en une scène immersive.

Tell : « Il était furieux ».

Show : « Son visage devint écarlate. Ses mâchoires se contractèrent et son poing s’abattit sur la table dans un bruit sourd ».

L’effet est immédiat : au lieu de dire ce qui se passe, on montre comment ça se manifeste. Cette technique ne concerne pas uniquement les émotions. Elle est aussi utile pour renforcer l’ambiance d’un lieu, la tension d’une scène ou la personnalité d’un personnage à travers ses actions.

 

Par exemple, au lieu d’écrire « Depuis des jours, il s’ennuyait », on peut décrire une ou plusieurs journées avec des actions répétitives, en insistant sur leur côté rébarbatif ou inintéressant pour le personnage. Cela permet d’avoir une narration beaucoup moins affirmative qui plonge les lecteurs et lectrices directement dans l’univers du livre.

Une bonne technique pour détecter les endroits où il y a trop de « tell » consiste à repérer la recrudescence d’adverbes, d’adjectifs ou de verbes faibles. Généralement, une description qui montre est plus efficace.

Comment appliquer efficacement le « show, don’t tell » ?

Le « show, don’t tell » est une technique qui repose sur des points précis : les sensations, les actions, les dialogues. Bien maîtrisés, ces éléments permettent de rendre la scène vivante et immersive.

Utiliser les cinq sens

L’un des moyens les plus efficaces pour montrer une émotion ou décrire une atmosphère est d’impliquer les sens. Une simple déclaration comme « il faisait froid » manque de profondeur.

En ajoutant des détails sensoriels, on plonge le lecteur ou la lectrice dans l’expérience du personnage : « Le vent mordait sa peau, s’infiltrait sous son manteau trop léger. Chaque inspiration lui brûlait les poumons et ses doigts engourdis refusaient de se refermer sur la poignée de la porte ». Ici, le froid est ressenti sans jamais être explicitement nommé et on joue sur la vue, le toucher et la respiration pour rendre la scène immersive.

Jouer avec les dialogues et les actions

Les émotions et la personnalité d’un personnage peuvent aussi se dévoiler par ses interactions avec les autres. Plutôt que d’écrire « elle était triste », on peut le montrer :

— Ça va ? demanda Paul.

Elle haussa les épaules, fixant sa tasse de thé sans la porter à ses lèvres. Ses doigts traçaient des cercles invisibles sur la table.

— Oui, tout va bien.

Ici, sans jamais dire que le personnage est triste, ses gestes et ses paroles suffisent à traduire son état d’esprit.

 

Parfois, ce qui n’est pas dit est tout aussi important que ce qui l’est. Le « show, don’t tell » permet d’insinuer une idée sans l’exprimer ouvertement, en laissant le lecteur ou la lectrice combler les vides. Par exemple, on peut montrer qu’un personnage est jaloux en le décrivant en train d’observer sa compagne rire avec un autre homme (son sourire se crispe, il vide son verre plus vite que d’habitude, il rumine…). On comprend immédiatement ce qu’il ressent sans qu’il soit nécessaire de l’écrire noir sur blanc.

Quand faut-il privilégier le « show, don’t tell » ?

Si cette technique est un outil puissant pour immerger celui ou celle qui lit, elle n’est pas toujours nécessaire, ni même recommandée. Il faut savoir doser entre montrer et raconter pour garder un rythme fluide et éviter d’alourdir inutilement le récit.

Les moments où il est préférable de raconter (tell)

Il ne faut pas bannir le « tell » de votre roman, au contraire. Dans certains cas, il est nécessaire pour accélérer le rythme et transmettre des informations rapidement sans ralentir l’intrigue. Inutile par exemple de décrire longuement un trajet en train si celui-ci n’a pas d’importance pour l’histoire. Même chose pour le temps qui passe : « Elle passa trois jours à Londres avant de rentrer chez elle » suffit si le séjour à Londres n’apporte rien de particulier à l’histoire.

Le « tell » est aussi intéressant pour résumer des faits sans importance émotionnelle. Décrire chaque détail du quotidien d’un personnage alourdit inutilement le texte, si ces détails n’ont aucun intérêt pour l’histoire ou pour donner une information sur le caractère du personnage.

 

Enfin, raconter permet d’éviter une surcharge émotionnelle. Un texte qui regorge de descriptions intenses et de métaphores sensorielles peut vite devenir épuisant pour celui ou celle qui lit. Parfois, dire simplement « elle était heureuse » allège le récit et laisse respirer l’histoire.

Un équilibre à trouver

Un bon roman ne repose pas uniquement sur le « montrer » ou le « raconter », mais sur un équilibre entre les deux. Certains passages gagnent à être immersifs, d’autres nécessitent une narration plus rapide et plus efficace.

Une bonne règle à appliquer est d’utiliser le « show » pour les scènes importantes et chargées d’émotions et de réserver le « tell » aux transitions et aux éléments secondaires qui peuvent se satisfaire d’informations plus factuelles.

 

Le « show, don’t tell » est un outil puissant pour donner vie à une histoire et impliquer lecteurs et lectrices dans l’expérience des personnages. Pour autant, tout ne doit pas être montré : certains passages gagnent en puissance en étant racontés de manière directe. L’essentiel est de trouver le bon équilibre. Pour cela, il faut expérimenter et relire votre texte avec un regard critique. Vous pouvez également faire appel à notre service de relecture pour améliorer votre manuscrit !