Écrire un dialogue, une citation : les règles typographiques

Vous l’attendiez ? Le voici : quatrième article de notre série typographique. Cette fois encore, nous allons passer en revue un point essentiel de la littérature : la typographie à adopter pour écrire un dialogue ou une citation.

Que serait le récit de fiction sans ses dialogues et ses différents niveaux de discours ? Que serait un roman si les paroles des personnages n’étaient pas systématiquement ordonnées ? Une cacophonie ! Ou un roman expérimental, dirons certaines personnes de mauvaise foi…

 

Écrire une citation, les bonnes pratiques

Commençons par les règles typographiques à respecter pour écrire une citation. On ne le rappelle jamais assez, tout passage tiré d’un texte doit obligatoirement être encadré par des guillemets. Autrement, c’est du vol. Intellectuel, d’accord, mais quand même ; laissons le plagiat aux fainéants et autres indélicats. De même, si l’on cite des paroles prononcées à l’oral, les guillemets sont de rigueur.

Maintenant, la pratique : où placer ces fichus guillemets ? Ils doivent encadrer tous les mots cités. Si la citation est une portion de la phrase d’origine, la ponctuation finale sera à l’extérieur des guillemets ; à l’inverse, si la phrase est complète, la ponctuation finale sera incluse dans la citation. À cette occasion, notons que cette ponctuation finale ne peut être double : elle est ou à l’intérieur, ou à l’extérieur des guillemets, mais jamais aux deux endroits à la fois.

L’autre jour, on m’a dit que Pierre avait « des ennuis » avec la justice.

Selon Flaubert, pour avoir une vie à peu près tranquille, il faut « renoncer à avoir une idée nette de quoi que ce soit » !

« Si j’ai l’occasion, j’aimerais mieux mourir de mon vivant ! » disait Coluche.

 

Comment écrire un dialogue

On complique un peu les choses : deux personnages se parlent, nous avons… un dialogue. Deux écoles s’opposent alors sur la présentation : l’école moderne mettra simplement des tirets cadratins – des tirets longs – à chaque réplique. Quant à nous, nous ne saurions trop recommander l’école traditionnelle qui débute et termine les dialogues par des guillemets, et ne se sert des tirets cadratins que lorsqu’il y a alternance de la parole. Dans les deux cas, un passage à la ligne et un nouvel alinéa s’imposent pour écrire un dialogue.

L’école moderne :

— Bonjour !

— Ah! comment allez-vous aujourd’hui, monsieur Jean ?

L’école traditionnelle :

« Bonjour !

— Ah! comment allez-vous aujourd’hui, monsieur Jean ? »

 

Pourquoi cette préférence pour l’école traditionnelle ? me demanderez-vous. Eh bien non, ce n’est pas par snobisme… L’ancienne manière de faire vous permet de compliquer un peu les choses en mettant de longues incises dans vos dialogues, tout en les distinguant par une fermeture et une réouverture des guillemets. Par contre, les incises courtes qui débutent par des formules du type dit-il ou répondit-il ne rendront pas nécessaires de nouveaux guillemets. À présent, reprenons notre exemple et augmentons-le un peu…

« Bonjour ! lança quelqu’un derrière moi.

— Ah! » paniquai-je. Le bougre arrivait toujours à l’improviste… Je finis par me reprendre. « Comment allez-vous aujourd’hui, monsieur Jean ? »

 

Petite exception : si le dialogue est constitué de répliques courtes, on peut l’inclure dans le texte sans passer à la ligne. Mais les guillemets et les tirets ne doivent pas pour autant être oubliés.

Comme d’habitude, monsieur Jean se faufila sans prévenir derrière moi, me flanquant une de ces frousses : « Bonjour ! — Ah! — Oh pardon… — Vous pourriez faire attention ! » Quand apprendra-t-il à ne pas s’approcher ainsi en silence ?

 

La question du discours indirect

Nous voilà déjà bien avancés. Mais jusque là, nous avions à faire à du discours direct. Et le discours indirect ? Nous y venons. Et puis, de toute manière, c’est très simple : pas de guillemets, pas de tirets, pas d’alinéa, rien de rien. Après tout, les paroles ne sont plus rapportées telles quelles.

Comme d’habitude, monsieur Jean se faufila sans prévenir derrière moi, me flanquant une de ces frousses. Il me lança un bonjour, et je sursautai. Je lui dis qu’il pourrait faire attention… Quand apprendra-t-il à ne pas s’approcher ainsi en silence ?

Et pour finir, passons en revue une autre manière d’écrire une citation, ô combien subtile et méconnue : la mise en italique ! Vous avez déjà dû le remarquer, dans un texte français, on met les langues étrangères – anglais, latin, etc. – en italique.  La raison est simple : que ce soit de l’oral ou de l’écrit, la parole est rapportée, mais d’un autre pays, d’un autre idiome. Et dans le cas d’une citation, les mots étrangers seront doublement cités, d’où l’utilisation conjointe des guillemets et de l’italique.

« Hello ! » lança quelqu’un derrière moi.

 

Les autres cas : ironie, expressions toutes faites, pensées…

Rendons les choses encore plus subtiles : l’ironie, les expressions toutes faites et les idiolectes – le langage propre à une personne, à un groupe restreint ­– sont aussi des sortes de langues étrangères. L’ironie détourne le sens d’un mot ou d’une phrase, l’expression et l’idiolecte contiennent des mots que la plupart des gens n’emploient pas, ou pas dans le même sens. Dans les trois cas, si l’on a besoin de marquer ces singularités, on peut utiliser l’italique.

« Vraiment, je suis ravie de vous rencontrer… » me dit-elle sur un ton glacial. Vieux pruneau, comme aurait dit mon grand-père pour la qualifier.

 

On pourra également mettre en italique tout le discours rapporté qui aurait été énoncé de façon répétitive ; cette répétition lui fait perdre toute spontanéité, et le range au niveau des expressions.

J’en avais vraiment marre de ses Bonjour ! lancés à l’improviste.

 

Et pour finir, si un discours direct est en fait un monologue intérieur, constitué de pensées, on peut aussi le mettre en italique, pour le différencier du discours entre guillemets qui est réellement prononcé.

Je déteste les manières de monsieur Jean, pensais-je.

 
Pour aller plus loin :
 Comment écrire les chiffres : les règles typographiques

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2 commentaires

Publié par André Bertrand : le 15 février 2019

Bien que les échanges soient généralement courts dans les dialogues, il arrive qu’une réplique soit sur plus d’un paragraphe. On en parle peu. J’ai trouvé une seule recommandation : commencer le deuxième paragraphe par un chevron d’ouverture et ne pas fermer à la fin. Avez-vous une opinion à ce sujet ?

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