Portrait de Marie Grosset, autrice auto-éditée qui prend la parole au nom des ATSEM

Portrait de Marie Grosset, autrice auto-éditée qui prend la parole au nom des ATSEM
19/11/2020
Portraits et interviews

Après une enfance difficile, Marie trouve refuge dans les livres et l’écriture. Des tonnes de cahiers jaunis par le temps débordent des malles de son grenier. Aujourd’hui, Marie a grandi et pense que tous les maux derrière ses mots n’en peuvent plus d’être écrits et cachés, surtout depuis qu’elle exerce le métier d’ATSEM (Agent Territorial Spécialisé en Ecole Maternelle). Il y a trois ans, elle a un déclic : il faut qu’elle témoigne des violences auxquelles elle assiste au quotidien.

Mais ce témoignage peut faire du bruit, elle le sait. Jusqu’où est-elle prête à aller pour dénoncer cette réalité ? Il lui faudra trois années pour franchir le cap et prendre la décision de l’auto-éditer. Un pari risqué mais réussi puisqu’en à peine six mois, ce sont déjà plus de 4000 lecteurs qui ont découvert Si vous saviez… son témoignage sans pudeur, qui compile ses sentiments, ses colères et ses espoirs par rapport à sa profession. Aujourd’hui, pour vous, elle revient sur son parcours :

Comment êtes-vous devenue autrice et depuis quand écrivez-vous ?
D’aussi loin que m’emmènent mes souvenirs, j’ai toujours écrit. Enfant, j’écrivais des poésies dans un style totalement maladroit et je les cachais. À l’adolescence, je barbouillais des cahiers entiers de paroles rebelles. À partir de 16 ans, j’ai commencé à écrire des chansons. Sans aucune culture musicale, je les accompagnais pourtant d’une mélodie qui s’imposait d’elle-même. Au fil des années, je me promettais d’aller les offrir à tel ou tel chanteur. L’inconscience de la jeunesse ! Je les ai toutes gardées. Il m’arrive quelquefois encore de les chanter lorsqu’il pleut, allez savoir pourquoi ! Lorsque je suis devenue ATSEM, j’ai commencé (de façon très artisanale), à écrire des livres pour enfants. Il m’est même arrivé de les emmener à l’école pour les lire aux petits, avec l’accord des enseignantes.

Quel mot vous définit le mieux ?
Je ne sais pas quel mot me définit le mieux, j’ai demandé à mon entourage, réponse unanime : Sincérité.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?  
Tout m’inspire ! Les mains des personnes âgées, le sourire des enfants, les larmes que je verse parfois, la pluie qui tombe, l’automne, l’odeur du café dans ma maison, la souffrance et la folie de notre monde, tant de choses encore…

Quand et comment vous est venue l’idée d’écrire votre livre Si vous saviez… ?

Il y a un peu plus de trois ans, un matin pas tout à fait comme les autres, assise devant mon bol de café, j’ai commencé à repenser à trois personnes qui m’avaient fait des confidences au sujet de leurs souffrances dans leurs écoles respectives. Une de ces trois personnes était une amie proche. Mais j’avais déjà écouté tant de confidences d’ATSEM en souffrance avant…

Le besoin d’écrire un livre sur mon métier s’est installé dans ma tête à cet instant. C’était étrange, j’en connaissais déjà le titre et je savais également comment j‘allais m’y prendre pour le construire, comment y inclure des témoignages, quels personnages du passé j’allais faire ressurgir dans l’histoire, etc. Tout cela s’est passé en moins d’une minute. Le lendemain, je commençais l’écriture de mon ouvrage.

"Si vous saviez..." de Marie Grosset

 

Avez-vous un prochain livre ou projet en tête ?
Beaucoup d’ATSEM me demandent un tome 2. Mais je ne suis pas sûre d’avoir envie de continuer à écrire sur un sujet aussi grave. Si des évènements extraordinaires et positifs venaient changer le cours des choses dans les écoles maternelles, cela m’inspirerait peut-être. Mais je suis tentée par une écriture plus douce et plus joyeuse.

 


Portrait chinois

Si vous étiez un écrivain célèbre, vous seriez :
Laurent Gounelle ou Jean de La Fontaine

Si vous étiez le personnage d’un roman, vous seriez :
Léa Delmas dans « La bicyclette bleue » de Régine Deforges. Laëtitia Casta avait été très touchante dans ce rôle.

Si vous écriviez vos mémoires, le titre en serait :
La chenille et le papillon.

Si vos livres étaient adaptés au cinéma, quel acteur voudriez-vous pour jouer le rôle de vos personnages ?
Pour rêver un peu, si mon livre était adapté au cinéma, je choisirais Charlotte Gainsbourg pour le rôle de Marie, Marc Lavoine pour le rôle de Pascal, Audrey Tautou pour le rôle de Rebecca, Sandrine Kimberlain pour le rôle de Sylvie l’enseignante malveillante, Catherine Frot pour Madame Thomas (le maire), Catherine Jacob dans le rôle de Nadine la directrice, Aïssa Maïga dans le rôle de Mimoz,

Si vous organisiez un dîner exceptionnel, qui seraient vos invités idéaux ?

Pour un dîner exceptionnel, j’aurais aimé avoir à ma table une grande dame sérieuse qui nous a quittés, Simone Veil. J’aurais placé tout près d’elle Jarry, parce que je l’adore, je le trouve sincère et qu’il l’aurait fait rire aux éclats, j’en suis sûre… Boris Cyrulnik serait aussi pour moi un invité de choix. J’ai tant de questions à lui poser. Puis, j’aurais invité tous mes ami(e)s et ma toute petite famille. J’aurais laissé une chaise vide, pour le cas où un passant affamé frapperait à ma porte. Mais aucune table sur terre ne serait assez grande pour recevoir toutes les personnes que j’aime et que je respecte dans ce monde.

 

Pour aller plus loin :

→ Le Programme Agent littéraire : tremplin vers l’édition traditionnelle

→ Prix littéraire pour l’auto-édition : le Prix des étoiles Librinova 2020

→ Comment publier un livre sur internet en auto-édition ?