Nouveaux formats, intérêt des jeunes, impact des réseaux sociaux… Pourquoi la poésie revient en force !

Nouveaux formats, intérêt des jeunes, impact des réseaux sociaux… Pourquoi la poésie revient en force !
25/02/2026
Actualités du livre

« Lire, c’est accepter de se soustraire au flux », analyse Bruno Patino dans La Civilisation du Poisson rouge. Le célèbre essai publié en 2019 rappelle combien la capacité d’attention de l’être humain ne cesse de diminuer à l’ère de l’instantanéité et des réseaux sociaux. Le président d’ARTE France nous compare d’ailleurs à des « poissons rouges enfermés dans le bocal de nos écrans ». Alors que la distraction est permanente, un genre littéraire a su tirer son épingle du jeu : la poésie. Librinova, agence française experte de l’auto-édition et de l’accompagnement d’auteurs, décrypte ce retour en force.

20 millions de chiffre d’affaires en 2024

Les chiffres sont unanimes ! La poésie a le vent en poupe. Dans l’article Dans l’édition, le retour en grâce de la poésie, Le Monde révèle que le chiffre d’affaires du secteur en 2024 s’élève à 20 millions d’euros, ce qui représente une hausse de… 17%. « Au total, 1 566 nouveautés ont été publiées en poésie en 2024, et 1,65 million d’exemplaires ont été vendus », peut-on lire dans l’article de nos confrères. Côté Top 3, on retrouve Le Murmure de Christian Bobin, Mes forêts d’Hélène Dorion et Le Ciel ouvert de Nicolas Mathieu.

S’il est plus difficile d’avoir des données chiffrées en auto-édition, la tendance reste la même. La publication de recueils de poésie représente une part fréquente et conséquente du marché global. Et pour cause : le format court permet aux auteurs de publier « facilement » leurs textes, les coûts de production et de publication sont moindres et le lectorat du genre est relativement fidèle. Surtout, comme nous allons le voir par la suite, la poésie correspond parfaitement à la manière dont l’art est consommé aujourd’hui.

Ce n’est donc pas surprenant de voir que les jeunes auteurs et autrices s’essayent à la poésie. D’après les résultats d’un sondage réalisé en 2025 par Librinova auprès d’une centaine de personnes âgées de 18 à 26 ans, la poésie est le deuxième genre de prédilection de cette tranche d’âge (23,4% d’entre eux déclarent en écrire).

Nouvelles formes et nouveaux usages

Le regard que l’on porte à ce genre littéraire a évolué. Autrefois réservée à une élite – d’une certaine manière, les poètes n’écrivaient que pour les poètes -, la poésie est désormais à la portée de tous. Et elle n’est plus enfermée dans le seul objet de « recueil de poésies ». Elle est partout, et notamment sur les réseaux sociaux où la créativité, les possibilités et les tentatives d’expression sont infinies. Le hashtag #Poetry a dépassé les 48 milliards de vues sur TikTok selon Forbes.

Un genre qui sait innover

L’Instapoésie (contraction d’Instagram et de poésie) est désormais un sous-genre à part entière, qui a vu émerger des poètes et poétesses désormais confirmés. Depuis ses débuts sur Instagram, la Canadienne Rupi Kaur, suivie par 4 millions de personnes, a vendu plus de 12 millions d’exemplaires de ses ouvrages.

En France, citons Pauline Bilisari, suivie à seulement 25 ans par 47 000 personnes sur Instagram. L’autrice a notamment publié Ma maison en fleurs et Danser sous la pluie chez Robert Laffont ou Les Astres brilleront toujours chez Slalom en 2025 après avoir tenté l’aventure de l’auto-édition. Son dernier ouvrage est d’ailleurs un roman en vers, preuve que le renouveau de la poésie s’explique par sa capacité à innover sur des supports tout aussi agiles qu’elle.

 

Autre forme de poésie très partagée sur les réseaux sociaux : le caviardage qui consiste à créer des phrases en noircissant des mots sur une page imprimée. Dimitri Radaud, plus connu sous le pseudonyme d’Haiku_Marinière s’attache à « révéler la poésie cachée dans les pages ordinaires ».

La rencontre de la poésie et des réseaux sociaux n’est finalement pas une surprise. La poésie c’est avant tout des textes courts et des phrases fortes. Une matière première qui se prête parfaitement au format des réseaux. Aussi, la poésie est facilement sublimée grâce à une mise en page singulière (typographie, choix des couleurs…) et s’il est un endroit où le style compte, c’est encore les réseaux. Enfin, les thèmes abordés sur les différentes plateformes comme l’intime, l’identité, l’amour, les relations humaines, l’engagement pour divers combats sont autant de sujets traités depuis toujours par le genre de Rimbault ou de Baudelaire. D’une certaine façon, les poètes actuels utilisent ce genre littéraire comme format de leur journal intime. Un journal qui n’a plus pour support le cahier mais les réseaux sociaux grâce auxquels auteurs et lecteurs peuvent interagir. « J’écrivais ce qu’on appelait des « citations » : de courts textes sur ce que je pouvais ressentir, qui étaient en réalité les prémices de la poésie, même si je n’utilisais pas forcément ce mot-là pour décrire mes textes à l’époque, se rappelle Pauline Bilisari sur ses débuts. Je pense que tout cela est arrivé à un moment où j’avais vraiment besoin de faire communauté avec d’autres personnes. Donc j’ai tout de suite eu ce rapport à l’écriture qui était en lien avec le partage : d’abord sur Skyblog, puis sur Wattpad, puis sur Instagram, avant que mes livres ne soient publiés au format papier. »

… Et qui s’adapte aux nouvelles manières de lire

Si l’on revient à La Civilisation du Poisson Rouge de Bruno Patino et à la capacité d’attention des millennials estimée à 9 secondes (contre 8 pour le poisson), il n’est pas surprenant de comprendre le succès de la poésie sur les réseaux sociaux. Elle se lit très rapidement et permet une consommation importante de contenus, contenus qui se partagent très bien et facilement autour de soi. Mais on peut aussi voir le verre à moitié plein. Les réseaux sociaux ou les plateformes offrent un support pour les jeunes auteurs et autrices qui aimeraient tenter l’aventure de l’écriture. Comme expliqué ci-dessus, Pauline Bilisari avait ainsi publié son premier ouvrage Perfect sur Wattpad avant de l’auto-éditer avec l’aide de Librinova ; Déborah Garcia s’est, elle, fait connaître auprès de son audience grâce à son compte Instagram CPartout (227 000 followers) avant de voir ses textes édités par Robert Laffont. Désormais, autrices et auteurs contemporains ainsi que grands noms de la poésie classique se partagent donc le devant de la scène. Il est fort probable même que les premiers permettent de faire découvrir les seconds à une toute nouvelle génération. À la sortie de son recueil Milk and Honey, Rupi Kaur avait déclaré : « Je veux rendre la poésie aussi accessible qu’une chanson pop ».

La pari de faire revenir la poésie à une génération qui n’en lit plus est-il réussi ? Oui ! Éditeurs et libraires ont vu leurs ventes croître et ils ont constaté un véritable retour au rayon « poésie » grâce aux auteurs contemporains ces dernières années. Instagram et compagnie seraient donc une passerelle pour découvrir Pablo Neruda, Emily Dickinson ou encore Guillaume Apollinaire, à qui l’on doit la figure du calligramme et dont le recueil Alcools (1913), s’est écoulé à plus de 1,5 million d’exemplaires depuis sa sortie en 1966.

Mais pour d’autres, la poésie contemporaine diffusée sur les réseaux sociaux ne peut servir de porte d’entrée vers la poésie classique car elle privilégie « l’émotion immédiate au détriment de la complexité formelle » (The Guardian). Le débat est ouvert et il prouve en tout cas le retour de la poésie au centre des discussions culturelles. D’ailleurs, au même titre que le roman, elle fait l’objet de nombreux événements organisés chaque année.

Les concours de poésie pour révéler son talent

Faut-il encore citer le traditionnel Printemps des Poètes visant à mettre en lumière la poésie sous toutes ses formes ? Du 9 mars au 31 mars 2026, ateliers, lectures, concours et autres créations visuelles se tiendront autour du thème : « La liberté. Force vive, déployée ».

Qui n’a jamais lu les vers ou les textes de poètes amateurs ou confirmés dans les rames de métro ou dans les bus ?! En mars 2026 se déroulera ainsi le nouveau Grand Prix de la Poésie RATP, parrainé cette année par Alexis Michalik.

Troisième édition du concours VYV

Librinova n’est pas en reste avec le lancement de la troisième édition du concours d’écriture en partenariat avec l’Observatoire de l’Imprévoyance du Groupe VYV. Cette année, le concours de nouvelle, poésie et slam interroge les participants sur la fragilité de la vie et sur les ressources que l’Humain est capable de déployer pour traverser les épreuves avec la thématique : « Poser des mots sur des maux ».

Si vous souhaitez proposer l’une de vos poésies, les règles sont simples : une création de moins de 3000 signes (espaces comprises) répondant à la problématique et un dépôt entre le lundi 16 février 2026 au dimanche 17 mai 2026 sur le site du concours. Bonne chance à vous !