Impossible de passer à côté ces derniers mois : les rayons fantasy des librairies se sont remplis de couvertures ornées de dragons et de couples enlacés. Les réseaux sociaux regorgent de vidéos enflammées sur les dernières sorties du genre et les autrices qui l’incarnent battent des records de vente. La romantasy s’est imposée comme l’un des phénomènes éditoriaux les plus marquants de ces dernières années. Mais que recouvre exactement ce genre littéraire, à la croisée de la romance et de la fantasy ? Comment expliquer un tel engouement, qui dépasse le cercle habituel des lecteurs de littérature de l’imaginaire ? Décryptage d’un genre qui a su se faire une place de choix dans le paysage éditorial contemporain. Qu’est-ce que la romantasy ? Un genre hybride entre romance et fantasy La romantasy désigne un sous-genre littéraire qui fusionne les codes de la fantasy avec ceux de la romance. Un univers fantastique élaboré (magie, créatures, mondes secondaires, systèmes politiques imaginaires…) sert de cadre à une intrigue amoureuse qui occupe une place centrale dans le récit. C’est précisément cette centralité qui distingue la romantasy d’un roman de fantasy classique où l’histoire d’amour viendrait simplement enrichir l’intrigue principale. Ici, la trame amoureuse est au cœur de l’intrigue et si on la retire, le récit perd sa cohérence. À lire aussi : Quels sont les différents genres de la romance ? Les codes narratifs propres au genre Certains ingrédients reviennent avec une grande régularité dans les œuvres de romantasy : une tension romantique construite sur la durée (avec des tropes propres à la romance, comme friends to lovers ou enemies to lovers) ; des scènes à forte charge émotionnelle; une narration souvent à la première personne qui favorise l’identification ; un format souvent en saga de plusieurs tomes qui entretient l’attente du lectorat d’un livre à l’autre. A Court of Thorns and Roses de Sarah J. Maas, Fourth Wings de Rebecca Yarros et From Blood and Ash de Jennifer Armentrout comptent parmi les titres les plus emblématiques du genre à l’échelle internationale. En France, la saga Les Artefacts d’Ouranos de Nishz J. Tuli illustre aussi cette dynamique, avec un premier tome paru chez Michel Lafon en 2024. Le cycle Finsceal de Sam Aegeli et L’Empire des monstres d’Orlane Gray, tous deux publiés chez Addictasy, maison entièrement dédiée à la romantasy et majoritairement composée d’autrices francophones, illustrent aussi la vitalité du genre en langue française, dans un rayon pourtant largement dominé par les traductions de l’anglais. Pourquoi la romantasy rencontre-t-elle un tel succès ? Un phénomène porté par les communautés en ligne Le succès de la romantasy doit beaucoup aux réseaux sociaux et en particulier au BookTok, la communauté littéraire de TikTok. Les recommandations y circulent à grande vitesse entre lectrices, portées par des vidéos où l’on partage à chaud ses réactions, ses citations préférées ou ses théories sur la suite d’une saga. Cette viralité créé un effet de fandom autour des sagas phares, avec des communautés très engagées qui prolongent leur lecture par des fanarts (des dessins ou illustrations des personnages) et des discussions collectives. Un conseil, donc, si vous écrivez de la romantasy : soignez votre présence sur TikTok ! Une réponse à une attente du lectorat Au-delà de l’effet réseaux sociaux, la romantasy répond à une double attente. Elle offre l’évasion propre à la fantasy, avec ses mondes imaginaires et ses enjeux épiques, tout en y ajoutant l’intensité émotionnelle de la romance. Le lectorat, majoritairement féminin, même si le genre gagne du terrain auprès d’un public plus large, y trouve à la fois du dépaysement et une identification forte aux personnages. Certaines œuvres jouent la carte du feel-good, quand d’autres versent dans des tonalités plus sombres et intenses. Bref, le genre touche des sensibilités variées et c’est une autre explication de son succès. À lire aussi : Les nouvelles tendances de la romance dans l’édition La romantasy, une opportunité pour les autoédités Un genre accessible à l’autoédition Ce qui rend la romantasy particulièrement intéressante pour les auteurs et autrices indépendants, c’est que plusieurs figures majeures se sont d’abord fait connaître en dehors des circuits traditionnels de l’édition. Elles ont rencontré un succès massif avant de passer, pour certaines, en maison d’édition. Amanda Hocking en est l’un des meilleurs exemples : autrice américaine de sagas fantastiques et paranormales, elle a mis en ligne ses romans sous forme d’ebooks au début des années 2010 et a vendu plus d’un million d’exemplaires avant de signer avec un éditeur. Elisa S. Amore, autrice italienne de la pentalogie paranormale Touched, a suivi un parcours similaire : son succès en autoédition a fini par attirer l’attention d’une maison d’édition qui a repris ses romans. En France, le genre reste encore très actif sur les plateformes d’autoédition et continue d’attirer un lectorat curieux de découvrir de nouvelles voix. Andy Whou, autrice de new romance et de romantasy, publie aujourd’hui en parallèle des livres en maison d’édition (Warriors) et des titres autoédités (D’or et de jais). Cette pratique hybride de plus en plus fréquente permet de conserver une forme d’indépendance tout en bénéficiant de la visibilité offerte par l’édition traditionnelle sur d’autres titres. Ce qu’il faut garder en tête pour écrire de la romantasy Si vous comptez vous lancer dans l’écriture d’une romantasy, il faut que vous maîtrisiez les attentes du genre tout en apportant une véritable singularité : construire un univers de fantasy cohérent et approfondi, avec ses propres règles et sa propre mythologie, sans le sacrifier au profit de la seule intrigue amoureuse, mais sans non plus être seulement un décor ; soigner la tension romantique autant que la construction du monde, en évitant les clichés et les raccourcis qui affaibliraient l’un ou l’autre ; s’inspirer des codes du genre sans les copier pour proposer une voix distincte au sein d’un marché déjà dense. Si vous hésitez encore sur le sous-genre exact de fantasy dans lequel situer votre romantasy (high fantasy, dark fantasy, fantasy urbaine…), ce choix mérite d’être posé avant de vous lancer dans l’écriture. À lire aussi : Les sous-genres de la fantasy : petit guide pour s’y retrouver La romantasy illustre bien comment un genre né de l’hybridation peut renouveler en profondeur les attentes du lectorat. Que vous soyez déjà engagé dans l’écriture d’une romantasy ou tenté par l’aventure, Librinova vous accompagne dans l’écriture et la publication de votre manuscrit. Pour aller plus loin : Fantastique, fantasy, SF… Les différents genres des littératures de l’imaginaire Icebreaker, Off-campus, Majesty, Campus Drivers, Captive… 20 new romances (et sagas) à découvrir dès maintenant Romance, young adult, littérature engagée… : qu’écrivent les jeunes aujourd’hui ?