Pourquoi écrire encore une nouvelle fiction (roman ou nouvelle) si c’est juste pour me camoufler derrière une histoire inventée et des personnages fictifs ? Parler de moi tout en me cachant et en prétendant le contraire ?
Ça ne m’intéresse plus.
Autant y aller franco, se dévoiler, se raconter enfin, sincèrement, en écrivant tout ce que j’ai vécu d’important, tout ce qui m’est passé par la tête à ces moments-là, et tout ce que je peux en dire aujourd’hui avec le recul.
Ma vie enfin, sans fard, sans déguisement, sans artifice.
Est-ce seulement possible ?
Quel fouillis qu’une vie ! C’est la première remarque que l’on se fait quand on s’attelle au travail, non pas d’écrire simplement le récit de sa vie, mais de mettre à jour les mécanismes inconscients qui l’ont orientée dans telle ou telle direction. Et de comprendre après coup les lignes directrices cachées sous ce fouillis : désirs, attachements, émerveillements, enthousiasmes, joies, angoisses, paniques, traumatismes, blocages, refoulements, répétitions, révoltes, ruptures…
S’il est assez facile de raconter son passé, il est très difficile de le déchiffrer.
Joaquin RUIZ a été professeur agrégé de philosophie, puis psychiatre et psychothérapeute. Jusqu’ici il a écrit surtout des romans et des nouvelles.