Interview de Tom Joad

Tom Joad est l’auteur des Marais de la Colère publié en octobre chez Librinova et lauréat de notre grand concours « 50 nuances d’auteur ». Pour le représenter, il a choisi l’Hermite, qui avance prudemment mais courageusement dans l’obscurité, qui éclaire le chemin pour lui-même et pour les autres. Rencontre avec cet auteur qui se confie sur l’histoire de son roman, ses inspirations et ses projets:

 

Comment êtes-vous devenu auteur et depuis quand écrivez-vous ?

J’écris depuis plus de vingt-cinq ans. Au début c’était de la chanson, des poèmes, un peu de théâtre… et puis l’envie de passer au roman s’est imposée d’elle-même, comme une suite logique de mon parcours, comme un randonneur du dimanche se lance dans le trekking en plein désert…

 

Quel mot vous définit le mieux ?

L’éclectisme, sans doute… comme je l’ai dit, je suis passé par un peu tous les genres, comme on fait ses gammes.

Chaque genre a ses propres exigences, son propre rythme, correspond à un état d’esprit particulier. Par exemple écrire une chanson c’est saisir un instant, une idée, une émotion, alors qu’un roman engage un processus bien plus complexe. Il ne suffit pas d’être disponible émotionnellement pendant une heure, il faut lutter avec ses propres faiblesses, retrouver chaque jour une force nouvelle…

 

Qu’est-ce que vous a conduit à écrire Les marais de la Colère ?

Une longue suite d’erreurs et d’errances, de tâtonnements, une impression de morcellement… et puis il y a un déclic et ce qui était opposé se rejoint, ce qui était disparate s’agence comme par magie. Cette fois, ça a été une anecdote macabre qu’un ami m’a raconté. J’y ai pensé régulièrement jusqu’à ce qu’elle serve de catalyseur, de point de départ, en d’autres lieux, à une autre époque, à cette histoire. Difficile de dire comment un roman de ce genre prend naissance, car notre esprit travaille en sourdine, faisant des liens que nous n’imaginons pas, jusqu’à nous présenter une sorte de tableau pas forcément cohérent mais frappant.

 

Lorsque vous écrivez, quelles sont vos sources d’inspiration? 

Tout ce qui peut me secouer, me sortir de l’endormissement du quotidien, me pousser à m’extraire de moi-même, ou au contraire m’aider à y entrer plus profondément. Lorsque mes pensées deviennent brouillonnes, trop envahissantes – ce qu’on peut avoir comme pensées inutiles !-, je mets du Mozart, du Vivaldi, du blues ou de la musique rock assez fort pour les faire taire ; quand, à l’inverse, je sens que la source se tarit, j’ouvre le livre d’un maître et je lis quelques lignes pour me remettre sur les rails. Pour « Les marais de la colère » ça a été par exemple Henry Bosco, Richard Price, Faulkner, Melville, des auteurs avec une imagerie très forte… et évidemment Steinbeck, j’y reviens invariablement, comme un marin cherche d’instinct le phare qui va l’aider à trouver la passe… c’est sans doute en montant sur les épaules des géants qu’on peut espérer voir le plus loin, même si on se sent plus petit, même si le risque de chute est plus grand.

 

Il y a aussi le rêve, une partie importante du livre s’est écrite d’elle-même, il me suffisait de m’allonger dans le noir, de me replonger dans l’ambiance et de regarder évoluer mes personnages. Au fond, ce sont eux qui ont écrit le livre, pas moi…

 

Pouvez-vous me parler de votre expérience avec Librinova ?

Librinova c’est pour moi l’ère de la maturité et d’une certaine indépendance. Il n’est plus question que je passe mon temps à courir après les éditeurs pour essayer de les convaincre de la validité de mes livres (même si j’ai déjà été publié…), c’est trop démoralisant et à mille lieues du travail de création. Je veux aller directement à la rencontre des lecteurs, qui pour moi sont les meilleurs juges. S’ils n’aiment pas, j’en suis navré, mais c’est leur droit !

 

Je compte sur l’équipe de Librinova pour apporter à mon travail l’étayage de son professionnalisme, et palier mes manques qui sont nombreux ! Pour l’instant je suis très satisfait de cette collaboration, et j’espère qu’elle va encore évoluer dans le temps.

 

Avez-vous des contacts avec vos lecteurs ? Qu’est-ce que cela vous apporte ?

C’est un aspect essentiel du travail d’auteur, la dose de réalité qui vous maintient sur terre. On peut écrire pour des tas de raisons, mais la finalité c’est le lecteur… essayer de transmettre cette précieuse lumière qu’on a reçue soi-même étant enfant, en lisant des livres marquants. Pour moi c’était Robinson Crusoë, Croc blanc, la mythologie, la collection Fleuve Noir… La question de la transmission est à mon sens essentielle, l’écrivain a le devoir de passer le relais, de s’opposer à son niveau aux forces de l’ignorance et de l’obscurantisme dont les têtes repoussent sans cesse, comme l’hydre de l’antiquité. Ça peut sembler un peu prétentieux, mais il suffit de regarder l’actualité pour se convaincre à quel point c’est essentiel.

 

Avez-vous un prochain livre ou projet en tête ?

Plusieurs, j’en ai aussi en « réserve », dont certains sont quasiment terminés, le plus difficile étant de choisir lequel va passer le premier ! J’aimerais avoir quelques clones pour m’aider dans mon travail… sérieusement, je me suis lancé depuis quelques mois dans un ouvrage en plusieurs tomes dans un registre très différent, qui va probablement me mobiliser pendant des années. Après la randonnée, la haute montagne, ce sera mon Everest ! Et chez Librinova, évidemment !

 

Portrait chinois

 

Si vous étiez un écrivain célèbre, vous seriez :

Moi-même ! Comme disait Brel « et moi qui restais le plus fier, moi je me prenais pour moi… ». Plaisanterie mise à part, les maîtres je les laisse là où ils sont, comme ça chacun peut en profiter à sa guise, les vaches sont bien gardées et je sais où les trouver quand j’ai besoin d’eux.

 

Si vous étiez le personnage d’un roman, vous y seriez : 

Tom Joad ou Don Quichotte, qui sont à mon sens deux facettes du même héros : le grain de sable dans la machine, le rêveur invétéré, l’idiot inspiré, celui qui pense que le monde devrait être comme il le souhaite… Il ne cesse de se heurter à la cruelle réalité mais toujours il se relève, et je trouve cette obstination naïve très belle, très digne et émouvante.

 

Si vous écriviez vos mémoires, le titre en serait : 

« J’ai fait feu de tout bois »

 

Si votre livre était adapté au cinéma, quel acteur voudriez-vous pour jouer le rôle ? 

Question difficile s’il en est… Caddy n’est plus tout jeune, il faudrait quelqu’un avec de l’épaisseur en tout cas, comme Harvey Keitel, Sean Penn, des gens qui sont plutôt du côté du cinéma indépendant et ont aussi un sens profond de l’éthique. Je verrais bien Clint Eastwood comme réalisateur, on a le droit de rêver… c’est même un devoir !

 

Si vous organisiez un dîner exceptionnel, qui seraient vos invités idéaux ?

Bukowsky, Henry Miller, Kerouac, Dostoïevsky, Brel, Brassens, John Lee Hooker… il y a tant de fous géniaux que j’aurais adoré rencontrer !

Cela dit, ce n’est pas la personne qui importe à mon sens, mais l’œuvre, car on crée souvent, non pas par calcul, mais quand on n’arrive pas à être. Certains artistes géniaux sont des gens très réservés, presque maladifs… Un type comme Bernanos, par exemple, ne devait pas être un grand rigolo, et pourtant…

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