Transmettre une histoire personnelle ou familiale à l’écrit est un désir qui semble de plus en plus fréquent. Qu’il s’agisse de raconter un parcours riche en expériences, de préserver la mémoire d’un proche ou de retracer l’histoire d’une lignée, laisser une trace s’impose souvent comme une évidence. Or, comme le précise Yaël Cohen, plume de dirigeants et fervente adhérente à la guilde des plumes, lorsqu’on souhaite retracer une vie à l’écrit, “parfois, on ne sait pas comment faire, et bien souvent, les mots ne sortent pas”. C’est la raison pour laquelle il peut être intéressant de faire intervenir un prête-plume. Parfois appelé biographe (du grec ancien “bios” (la vie) et “graphein” (écrire)), ce professionnel de l’écriture transforme une parole en texte, afin de ne pas laisser certains projets dans le simple état d’intention. Mais comment fonctionne réellement ce travail à deux voix ? Et que peut-on en attendre ? Voici toutes nos réponses ! En quelques titres:Le rôle du prête-plume : écrire sans trahirComment un prête-plume transforme des souvenirs en récit de vieQuelle forme choisir pour raconter une vie ?Écrire avec les mots de quelqu’un d’autreUne collaboration de confiance avec le biographePourquoi écrire sa biographie aujourd’hui ?Le rôle du prête-plume : écrire sans trahir Dans l’absolu, un prête-plume n’est pas un auteur « à la place de ». Il s’agit davantage d’un auteur « avec ». Son rôle consiste à recueillir une parole, à la comprendre, puis à la transformer en un texte fluide, structuré, cohérent, en lien avec la demande de son client. Yaël Cohen précise : “certaines personnes souhaitent que ça reste très “carré”, et vous allez écrire ce qu’ils vont dire. Mais parfois, ils veulent mettre un petit peu de romanesque”. Dans ce dernier cas, l’expertise du prête-plume est plus que jamais indispensable. Toutefois, dans une biographie ou une histoire familiale, ne pas trahir implique de respecter plusieurs dimensions essentielles : La véracité des faits ou des anecdotes racontés, La singularité de la voix de celui ou de celle qui parle, La sensibilité du souvenir. Car oui, pour un biographe, le défi n’est pas seulement d’écrire, mais de faire en sorte que le lecteur reconnaisse une voix, une histoire authentique, même si elle a été mise en forme par un professionnel. À lire aussi : Prête plume, écrivain public, biographe : à quoi servent-ils et combien ça coûte ? Comment un prête-plume transforme des souvenirs en récit de vie La plupart du temps, le travail de prête-plume commence par des entretiens. Écouter, poser des questions, relancer, faire préciser les souvenirs : autant de rôle qui incombent au biographe. Yaël Cohen de préciser : J’aime bien partir de rien, même pas d’un questionnaire. Parce que c’est là que des mots incroyables risquent d’émerger”. Le matériau brut recueilli devient ensuite la matière première d’un texte, d’un document, d’un livre. Mais on l’aura compris, il ne s’agit pas d’une simple transcription. En effet, le travail consiste à transformer une parole parfois fragmentée en un récit structuré. À titre d’exemple, Yaël Cohen raconte que “souvent, ce sont des petites anecdotes racontées les unes après les autres. Dans ces cas-là, vous êtes obligé de prendre les choses de façon chronologique. Vous allez prendre des éléments qui correspondent à cette chronologie.” Et pour que le récit final se tienne, cela implique souvent de : Reconstruire une chronologie, Identifier des grands moments de vie, Donner du relief à des scènes capitales, Choisir ce qui doit être raconter… et ce qui peut rester implicite. Écrire une biographie, c’est donc aussi faire des choix narratifs ! À lire aussi : Comment transformer un souvenir personnel en fiction captivante ? Quelle forme choisir pour raconter une vie ? Cela paraît évident, mais une vie n’est pas un roman construit avec un début, un milieu et une fin parfaitement définis. À l’inverse, une vie est faite de ruptures, de détours, parfois de silences, souvent de contradictions. Le rôle du prête-plume est donc de donner une forme lisible à cette matière vivante. Le tout : sans la simplifier excessivement ! Selon les projets, plusieurs approches sont possibles : Un récit chronologique classique, Une construction thématique (enfance, carrière, etc.), Un récit centré sur un événement-clé (une rencontre, une guerre, etc.). Tout ceci avec en tête un présupposé de base qu’indique Yaël Cohen : “Il faut demander aux personnes comment ils veulent évoluer”. Car chaque choix changera la manière dont une histoire sera perçue. Le travail du biographe consiste donc à trouver la structure la plus adaptée à la personne qu’il accompagne. Certaines histoires se prêtent naturellement à un déroulé chronologique. D’autres nécessitent une organisation plus libre, autour de thèmes, d’épisodes marquants ou de souvenirs qui se répondent. Il arrive même que certains projets empruntent les codes du roman : “J’ai eu un projet où l’on m’a demandé de romancer l’histoire. Parfois, il y a des trous. Dans ces cas-là, je construis des chapitres comme des micronouvelles qui se suivent. L’ordre chronologique aide alors à relier l’ensemble”, raconte Yaël Cohen. Écrire avec les mots de quelqu’un d’autre La question de la voix fait partie des enjeux les plus importants et les plus intéressants pour un biographe. En effet, comment faire en sorte qu’un texte écrit par un tiers sonne comme s’il venait de la personne qui raconte sa vie ? Cela passe par plusieurs éléments : Le vocabulaire utilisé, Le rythme des phrases, Les expressions personnelles, Les anecdotes, Les touches d’oralité (ou non), Etc. Un “bon” texte biographique doit d’abord donner l’impression d’une parole et d’une mémoire incarnées. Par ailleurs, la mémoire est sélective. De ce fait, elle oublie, elle transforme, elle reconstruit. Pour le prête-plume, cette mémoire est un matériau subjectif, qu’il est important d’accepter comme tel. La vérité du témoignage sera donc moins factuelle que ressentie par celui ou celle qui raconte. À titre d’exemple, dans une histoire familiale, un même événement peut être raconté différemment selon les membres de la famille. La biographie, c’est donc aussi la mise en récit d’une mémoire que personne d’autre ne possède ! Cette mémoire continue souvent de se révéler au fil du travail : “Lorsqu’on commence à tirer le fil du souvenir, on se rend compte qu’il y a plein d’autres souvenirs qui arrivent”, observe Yaël Cohen. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle préfère aujourd’hui réaliser l’ensemble des entretiens avant de finaliser le texte : cela lui permet de conserver une cohérence de ton et d’intégrer les souvenirs qui émergent progressivement. Une collaboration de confiance avec le biographe Faire appel à un prête-plume implique une relation de confiance solide. En effet, parfois, les sujets abordés peuvent être délicats, très intimes, voire prêter à débat. La personne qui raconte son histoire doit donc accepter de : Se livrer, Revoir certains souvenirs, Confier son histoire à quelqu’un d’extérieur. À l’inverse, le biographe doit être à la fois : Discret, Attentif, Fidèle. Ainsi, ce travail à deux voix repose autant sur l’humain que sur l’écriture. Cette dimension humaine se manifeste parfois de manière très concrète : “Il y a des gens qui, sur certains souvenirs, sont en larmes”, confie Yaël Cohen. Dans ces moments-là, en visio ou non, le rôle du biographe dépasse l’écriture : “Vous accompagnez, vous vous taisez, souvent. Les silences sont importants. Mais vous êtes là”. À lire aussi : Livre basé sur des faits réels : comment se protéger de la diffamation ? Pourquoi écrire sa biographie aujourd’hui ? Si, selon Yaël Cohen, la volonté de transmission a toujours existé, aujourd’hui, ce sont davantage les commanditaires de biographies dont le profil a pu varier : “Ce sont moins les grands parents, les parents que les enfants qui ont envie”. Désormais, ce sont “des petits enfants qui ont envie de savoir, des cousins, etc.” Car faire appel à un prête-plume répond à plusieurs motivations selon les profils : Transmettre une histoire familiale aux générations futures, Laisser une trace de son parcours, Comprendre son propre chemin de vie, Fixer des souvenirs avant qu’ils ne s’effacent, Et bien d’autres encore ! Quel que soit la motivation, reste un mot comme un socle : la transmission. Cette volonté de transmission passe souvent par les archives familiales elles-mêmes. Photographies, lettres, documents administratifs ou carnets anciens deviennent alors de précieuses sources de travail. “Parfois, il y a un véritable travail de documentaliste. On cherche dans toute cette documentation familiale pour voir ce qu’on peut en tirer”, explique Yaël Cohen. Le résultat final ne prend d’ailleurs pas toujours la forme d’un livre publié. Certaines personnes souhaitent simplement conserver un manuscrit relié à transmettre à leurs proches. D’autres choisissent une édition plus élaborée, avec photographies, mise en page personnalisée et impression de plusieurs exemplaires. Quelle que soit sa forme, l’objectif reste le même : préserver une mémoire qui, sans cela, risquerait de disparaître. Car faire écrire sa biographie par un professionnel, ce n’est pas déléguer son histoire. C’est, à l’inverse, choisir de la perpétuer avec plus de clarté, de cohérence, et parfois même de profondeur. En somme, une mémoire mise en forme, prête à être transmise ! Pour aller plus loin : Que mettre dans sa biographie d’auteur ? Écrire une biographie : comment faire ? 20 livres inspirés de faits réels à lire absolument