Y a-t-il meilleure source d’inspiration que sa propre histoire ? Nombre d’auteurs et d’autrices puisent dans leur vécu pour écrire. Qu’ils soient le point de départ d’une intrigue, une simple anecdote ou le fil rouge du récit, les souvenirs ont le pouvoir d’enrichir un roman. Reste à savoir les intégrer en les transformant habilement. Les souvenirs, garants d’un récit authentique Ce n’est pas une surprise : la plupart du temps, les écrits des auteurs ont pour matière première… leur vie. Entourage, environnements personnels et professionnels, souvenirs d’enfance… Toute expérience vécue au quotidien peut être exploitable dans un roman. Pourquoi ? Parce qu’il est évidemment plus facile d’écrire sur ce que l’on connaît et sur ce que l’on a ressenti. Surtout, les émotions retranscrites n’en seront que plus authentiques et crédibles. Et les lecteurs croiront sincèrement à l’histoire que vous leur racontez. C’est donc un atout de se nourrir de ses expériences personnelles. Mais attention : un souvenir ne constitue pas une fiction à part entière, et surtout, il est difficilement utilisable tel quel. Explications. À lire aussi : Écrire en stimulant les cinq sens : nos exercices d’écriture avec la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher et le goût Quelle place donner aux souvenirs ? Si vous souhaitez intégrer dans votre manuscrit un épisode plus ou moins important de votre vie, il faut tout d’abord commencer par déterminer la place qu’il va y prendre. Son intégration n’est pas linéaire comme dans une biographie ou un témoignage. Non, votre expérience n’est pas une fin en tant que telle : elle doit s’intégrer dans une histoire plus large. Une histoire construite, une histoire qui, elle, constitue un roman. Il va donc falloir commencer par nourrir ce souvenir et l’entourer d’un univers, c’est-à-dire imaginer ses contours et ses enjeux, expliciter l’élément déclencheur de celui-ci, l’associer au bon personnage, en dépeindre les conséquences. Autrement dit : le greffer habilement dans votre texte ! Si le souvenir constitue le point de départ de la fiction, prenez bien le temps de la réflexion afin de le consolider au maximum, pour assurer la cohérence de votre récit et susciter l’intérêt des lecteurs. Un souvenir, aussi mémorable, percutant ou incroyable soit-il, mérite donc d’être décortiqué sous le prisme de la dramaturgie. En d’autres termes, il va connaître plusieurs transformations pour mériter sa place dans votre roman. Car n’oubliez pas que vos lecteurs ne sont pas là pour découvrir votre histoire personnelle. Eux cherchent un récit construit, pertinent, porté par des protagonistes auxquels ils s’attacheront. Pour résumer, un souvenir intègre un roman si et seulement si il répond à un objectif narratif. À lire aussi : En écriture, la technique bride-t-elle la créativité ? Un souvenir personnel doit être traité comme n’importe quel élément romanesque Bien utiliser un souvenir personnel passe tout d’abord par votre capacité à vous en détacher. L’idée n’est pas de renier ce que vous avez vécu mais de réussir à le modifier, toujours dans le même but : écrire le meilleur roman possible. Essayez d’avoir les deux questions suivantes en tête lors de vos sessions d’écriture : ce que je raconte sert-il mon récit et intéressera-t-il mon lecteur ? Mais alors comment modifier un souvenir ? Vous pourrez par exemple, le « grossir » ou « forcer le trait » à votre guise pour le rendre plus impactant, profond, marquant… Vous aurez tout autant le droit de « gommer » les détails peu intéressants ou superflus dans le cadre de votre intrigue. A vous de choisir de les remplacer par des choses plus fantasques, imagées, cohérentes… Ou de les passer sous silence. Si le souvenir est complexe, il sera intéressant de se concentrer sur un ou deux axes pour ne pas perdre le lecteur et développer en profondeur le sujet principal. Vous serez certainement confronté au fait de changer une plus ou moins grosse partie de ce souvenir. Et il n’y a aucun scrupule à avoir à réécrire le début, le déroulement ou même la fin. Ou à le placer dans une autre temporalité. Un souvenir d’enfance peut ainsi se dérouler au présent. N’oubliez pas que personne ne connaît la vérité à part vous donc faites-vous plaisir avec toute la matière que vous possédez. Outre les faits, les émotions ressenties n’ont pas non plus à être identiques à la réalité. Un moment de joie peut se transformer en un traumatisme pour votre personnage ; une réussite peut devenir un échec. Etc. Tout est permis ! À lire aussi : Arc narratif : comment construire l’évolution d’un personnage dans un roman ? Le cas particulier des personnages Outre l’envie de narrer ses expériences, on est aussi souvent tenté de prêter à ses personnages les traits de proches. Logique et cohérent : encore une fois, quoi de mieux pour être juste que de raconter ce qui est vrai. Mais attention, ce n’est pas parce que votre personnage existe qu’il ne mérite pas d’être travaillé. Et repensé. Au contraire, il devra être creusé encore plus que les autres afin de devenir un personnage de fiction digne de ce nom ! On pioche donc dans ce qui nous arrange, et ensuite on brode à l’infini. À lire aussi : Écrire un livre : comment faire ressentir au lieu de raconter ? Intrigues majeures ou petits détails : à quelle forme de souvenirs faire appel ? Bien entendu, le travail de réflexion et d’écriture ne sera pas le même si vous choisissez de baser l’intégralité de votre roman sur une histoire personnelle ou si vous choisissez de l’agrémenter seulement de quelques détails par ci par là. Inventer complètement une intrigue en l’enrichissant de détails personnels peut être une très bonne option. Les lieux seront décrits avec plus de justesse, les émotions associées au personnage également. Votre texte sonnera vrai alors qu’il sera totalement inventé ! Dans tous les cas, n’hésitez pas à poser par écrit dès que vous le pouvez les éléments personnels marquants qui pourraient appartenir à un roman. Vous avez beau les avoir en mémoire, ils ne peuvent que s’effilocher au fur et à mesure du temps. À lire aussi : Le schéma narratif : les 5 étapes clés Au fil de vos récits, vous réussirez de mieux en mieux à faire bon usage de vos souvenirs personnels, vous les tordrez même à l’infini pour en tirer le meilleur roman possible. Car utiliser un souvenir personnel, ce n’est pas se contraindre, c’est s’amuser et gagner en liberté. La preuve : un roman très personnel peut totalement s’écrire à la… troisième personne ! Vous êtes en pleine écriture et vous aimeriez avoir de l’aide pour progresser ? Vous souhaitez vous lancer mais vous ne vous sentez pas légitime ? Librinova propose une Masterclass vidéo animée par cinq experts du monde du livre. Premiers pas, écriture, publication… Nous vous accompagnons étape par étape. À vous de jouer ! Pour aller plus loin : Intelligence artificielle : écrire avec l’IA, une fausse bonne idée ? Livre basé sur des faits réels : comment se protéger de la diffamation ? Le cliffhanger : outil indispensable pour maintenir le suspense