Depuis 2022 et l’arrivée massive d’outils comme ChatGPT, Midjourney ou encore Stable Diffusion, l’intelligence artificielle est devenue un compagnon de travail pour beaucoup d’auteurs et autrices, journalistes, graphistes et même artistes. Elle fascine par sa puissance et sa rapidité, mais elle inquiète aussi par ses dérives possibles. Un texte généré en quelques secondes, une illustration produite sans effort : c’est magique ! Pourtant, ces technologies reposent sur des bases de données gigantesques qui se nourrissent parfois d’œuvres protégées par le droit d’auteur, des images privées ou des informations inexactes. Comment faire un bon usage de l’IA, sans trahir les valeurs de création, d’honnêteté et de respect ? Bonnes pratiques IA : respecter les droits d’auteur et la propriété intellectuelle Comprendre le problème des données d’entraînement La plupart des intelligences artificielles génératives sont entraînées sur d’immenses corpus de textes, d’images ou de sons collectés sur Internet. Or, ces contenus appartiennent parfois à des artistes, écrivains, graphistes ou photographes qui n’ont jamais donné leur accord pour cette utilisation. On se souvient de « l’affaire » des illustrations inspirées du studio Ghibli sans accord de la licence. L’IA peut produire une image très proche d’une œuvre existante ou rédiger un texte qui reprend des formulations entières d’un auteur publié. Comment rester du bon côté de la loi ? Pour rester dans une démarche éthique et responsable, plusieurs réflexes s’imposent : privilégier des outils qui respectent les droits d’auteur, comme Adobe Firefly qui s’appuie uniquement sur des bases de données libres de droit ou sur des œuvres sous licence, ou Getty Images qui a lancé une IA visuelle avec le même principe ; éviter d’utiliser tel quel un contenu généré et toujours transformer, enrichir et s’approprier un paragraphe ou une illustration produit par IA ; ne jamais utiliser l’IA pour imiter le style ou la voix d’un auteur ou artiste existant sans son accord explicite. L’IA peut être une vraie source d’inspiration ou un soutien, mais elle ne doit pas être une machine à reproduire des œuvres. À lire aussi : Comment créer la couverture de son livre avec l’intelligence artificielle ? Transparence et honnêteté : informer quand on utilise l’IA Un des enjeux éthiques les plus importants consiste à être honnête avec son public. Si une couverture de livre, un article ou un livre audio a été réalisé en partie grâce à une IA, le signaler contribue à instaurer une relation de confiance. Certaines initiatives vont déjà dans ce sens. En 2024, Librinova a lancé un label Création Humaine permettant aux auteurs de revendiquer une création 100% sans IA. À l’inverse, d’autres maisons proposent d’indiquer clairement quand une intelligence artificielle a été utilisée. Informer sur l’usage de l’IA permet aussi de respecter la liberté de choix du lectorat. Certains préfèrent lire un texte intégralement écrit par une personne, d’autres sont curieux de découvrir des expériences hybrides. La transparence évite tout ambiguïté et renforce la crédibilité de l’auteur ou de l’éditeur. À lire aussi : IA : Librinova s’associe au Label Création Humaine pour valoriser le travail des auteurs Préserver sa créativité : utiliser l’IA comme outil, pas comme substitut Un usage raisonnable (et raisonné) de l’IA dans l’écriture L’IA peut être une alliée précieuse quand elle reste au service de la plume humaine. Elle est notamment très utile pour : reformuler une phrase trop longue ou maladroite ; chercher des synonymes ou enrichir son vocabulaire ; demander des pistes de description pour un lieu, un décor, un costume ; vérifier l’orthographe ou la syntaxe d’un passage. Ces usages permettent de gagner du temps, d’alléger certaines étapes techniques et d’enrichir son écriture sans perdre votre identité d’auteur ou d’autrice. Des exemples concrets d’usages éthiques de l’IA Un auteur de romans historiques y trouve rapidement des descriptions de costumes de l’époque de son texte, qu’il retravaille pour les intégrer dans son intrigue. Un graphiste teste plusieurs pistes de couvertures sur MidJourney, avant de retravailler lui-même les images pour en faire un visuel unique et original. Une formatrice se sert de l’IA pour générer un plan de cours, mais elle garde la main sur les contenus, les anecdotes et la pédagogie. Le risque de la dépendance créative Déléguer des pans entiers de son manuscrit à une IA présente un réel danger : celui d’un style lissé, impersonnel et mécanique. Les éditeurs et professionnels de l’écriture repèrent d’ailleurs assez vite ces textes lorsqu’ils n’ont pas été retouchés. Répétitions, intrigues sans progression, absence d’émotion, phrases trop explicatives sont légion. Un roman ou un essai écrit majoritairement par IA manque de souffle et ne convaincra ni les éditeurs ni les lecteurs. La créativité humaine doit rester au centre et majoritaire. Écrire, n’est-ce pas avant tout transmettre une expérience et cette vision singulière qui est la vôtre ? L’IA ne pourra jamais remplacer ça ! À lire aussi : Que pensent les éditeurs de l’utilisation de l’IA dans les manuscrits ? Responsabilité et vigilance : toujours vérifier ! Les IA génératives ont un défaut bien connu : elles inventent parfois des informations de toutes pièces, qu’on appelle des hallucinations. Ça peut aller d’une date erronée à une bibliographie totalement fictive, en passant par des fausses URL. Dans un essai ou un guide pratique, ce type d’erreur nuit gravement à la crédibilité de l’auteur et peut même l’exposer à des risques juridiques si le texte prodigue des conseils médicaux ou financiers par exemple. Pour éviter ces pièges, nous vous conseillons de toujours (toujours, toujours !) : recouper systématiquement les données fournies par l’IA, vérifier l’existence réelle des sources citées ; conserver vos propres notes et recherches comme preuves en cas de contestation. Utiliser l’IA ne vous exonère pas de votre responsabilité en tant qu’auteur ou autrice. Ce qui est publié sous votre nom relève de la vôtre, quelle que soit la source ! À lire aussi : L’intelligence artificielle va-t-elle remplacer les auteurs ? Les 5 règles d’or pour un usage éthique de l’IA 1- Choisir des outils respectueux des droits d’auteur en privilégiant les plateformes transparentes sur leurs données d’entraînement. 2- Toujours transformer et s’approprier les contenus générés pour y apporter votre style, vos idées, vos nuances. 3- Rester transparent sur l’usage de l’IA en indiquant à votre public si vous l’avez utilisée, même partiellement. 4- Conserver sa créativité et sa singularité en ne laissant pas l’IA faire le travail à votre place. 5- Vérifier systématiquement les faits et les informations pour vous protéger contre les erreurs et les hallucinations. L’intelligence artificielle n’est ni une menace absolue ni une solution miracle. C’est un outil puissant, à condition de l’utiliser avec discernement. Respect des droits, transparence vis-à-vis du public, vigilance sur les informations sont les clés d’un usage éthique. L’avenir de la création ne repose pas sur l’opposition entre humains et machines, mais sur une collaboration équilibrée dans laquelle l’IA décharge des tâches répétitives ou techniques, tout en laissant à l’être humain les émotions, le style et la créativité. Pour aller plus loin : Quelle est la position de Librinova sur l’intelligence artificielle ? Qu’est-ce que l’intelligence artificielle ? Peut-on utiliser l’IA pour participer à un concours d’écriture ?