Saint Louis de Gonzague

de Leo Rutra

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Saint Louis de Gonzague

L’effroi. Une communauté sous le choc. Une messe solennelle. Des proches et des inconnus réunis pour témoigner de leur soutien et de leur solidarité. À des familles qui pleurent leurs disparus ; à des survivants qui peinent à prendre conscience ...

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L’effroi. Une communauté sous le choc. Une messe solennelle. Des proches et des inconnus réunis pour témoigner de leur soutien et de leur solidarité. À des familles qui pleurent leurs disparus ; à des survivants qui peinent à prendre conscience de ce qu’ils viennent de vivre.
Un nombre indécent de caméras de télévision ont investi la petite bourgade de Bully-en-Yvelines pour retransmettre l’événement, comme si c’était le nouveau feuilleton à la mode. Depuis le 19 mars 2013, il est presque impossible de trouver une édition de n’importe quel journal, qu’il soit national ou local, qu’il soit télévisé, papier ou même en ligne, qui ne parle pas du massacre de Saint Louis de Gonzague.
J’étais hypnotisé par la vision du bâtiment principal. Le cœur de l’école, comme l’appelait le directeur. Je n’arrivais pas à détacher mon regard de l’immense tache noire sur la façade. Jésus ressemblait à un rescapé de l’Enfer.
Ce n’est que plus tard dans la soirée qu’on apprendrait que les policiers avaient essayé d’arrêter l’élève à l’origine du massacre, avant d’être forcés de l’abattre. Le nom de cet élève était Daniel Duffermier.
Quand j’ai entendu son nom, mon cœur a manqué un battement et je me suis couvert la bouche comme si j’allais vomir. L’annonce m’a fait l’effet d’un violent coup de massue dans le plexus. Parce que j’ai connu Daniel. Lors de mon passage à l’école Saint Louis de Gonzague.

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Publié par aubrycoin : le 14/06/2017

Prendre pour thème romanesque un effroyable massacre perpétré par un élève d'une prestigieuse institution privée et conclure en amenant le lecteur à se demander qui est vraiment responsable de ce drame, c'est faire preuve d'un courage remarquable et nous conduire à interroger nos certitudes. Les meurtriers, ceux qui font la une de la presse, ne sont pas toujours ces démons vomis de l'enfer qu'il convient d'éliminer et dans le meilleur des cas de mettre totalement à l'écart de la société pour la plus longue durée possible. Ce sont aussi des individus qui, placés dans une situation de contrainte extrême, ont franchi la ligne rouge parce qu'aucune autre issue ne leur était offerte. Ma fréquentation des Cours d'Assises me permet de l'affirmer, chacun d'entre nous, même le plus placide, peut s'avérer capable du pire. Bien sûr cette réalité est difficile à entendre mais la lucidité reste salutaire car elle permet de mettre en oeuvre les processus destinés à éviter le pire. Et ce, d'autant plus quand il s'agit d'adolescents, malléables et révoltés qui peuvent à tout moment traduire par un geste de violence , leur rejet des injustices et du silence de ceux qui pourraient les faire cesser. Dans le prestigieux lycée catholique St Louis de Gonzague, où règne en maître un Directeur qui répand la bonne parole du haut de la chaire, lors de la messe du dimanche matin à laquelle le personnel enseignant est tenu d'assister, les élèves sont traités avec une condescendance proportionnelle aux facultés contributives de leurs parents et quand l'un d'eux, Nicolas, fils d'un généreux donateur, prend pour tête de turc Daniel , un ado rondouillard, mal dans sa peau, aucun adulte n'intervient pour prendre la défense de la victime. Aucun adulte...sauf Bruno, professeur d'anglais remplaçant, dont la liberté d'esprit s'accommode bien mal de l'hypocrisie ambiante et des non-dits qui régissent une institution où il ne parvient pas à trouver sa place. Il se rapproche de Daniel et au fil des mois, c'est une véritable amitié qui va naître entre l'élève et l'enseignant. La fragilité de Daniel, renforcée par un drame familial dévastateur, ne lui permettra pas de lutter contre le puissant désir de vengeance qui conduira au drame... Remarquablement pertinent dans la féroce critique des institutions éducatives du secteur privé, courageux dans sa thématique et ses prises de position d'une honnêteté qui force l'admiration, ce roman est un coup de poing qui va droit au coeur. L'émotion est présente à tout moment et l'alternance des récits, entre le journal intime de Daniel l'élève, et le livre hommage préparé par Bruno,le prof, ne fait que renforcer l 'intérêt du lecteur qui reconnaîtra la plume d'un grand écrivain, un de ceux qui ne laissent pas indifférent et dont les livres déposent une trace durable dans les mémoires.

Publié par marcelineb : le 22/11/2017

Saint Louis de Gonzague nous embarque dans son histoire comme le fait Le maître des illusions de Donna Tartt, dont il réitère le tour de force - et ce n'est pas peu dire : dès le départ - dès la 4ème de couverture même -, on sait "quoi" et on sait "qui" ; mais on ne sait pas le reste, et le reste, oh là là... le reste nous embarque dans les ressorts psychologiques du destin de plusieurs personnages, et plus nous nous y enfonçons, plus nous consentons, voire attendons, que les frontières entre bien et mal, entre normalité et folie, se trouvent brouillées. Oui, brouillées, et je n'utilise pas ce mot banal par facilité : j'ai envie d'écrire "tel personnage n'est pas uniquement touchant", mais je me reprends, non, c'est plutôt exactement le contraire, "il ne suscite pas uniquement le rejet" ; seulement voilà, j'ai eu envie d'écrire l'inverse parce que l'histoire m'a totalement happée. Ambiguïté, facettes contradictoires, l'auteur sait rendre tout cela avec une force d'autant plus convaincante que ce sont les nôtres - notre ambiguïté, nos facettes contradictoires - que cela interroge. Si ce roman est une telle réussite, c'est justement parce que c'est la fonction de la littérature que de nous faire vivre par procuration des expériences qui nous horrifieraient si nous devions les supporter pour de vrai, mais qui nous fascinent et que nous avons tout intérêt à ne pas ignorer si nous voulons que la réalité, elle, prenne un autre tour. Parce que Saint Louis de Gonzague est aussi l'histoire d'une série de bifurcations qui mènent à la catastrophe finale que l'on sait dès le départ, et qui auraient pu se passer autrement si... et puis si... Ai-je sauté à pieds joints dans tout cela parce que je savais dès le début que le mal serait puni ? Peut-être. Mais de quel mal s'agit-il... à chacun de se faire une idée. Faites-vous la vôtre !

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