Les pratiques de lecture des jeunes sont régulièrement scrutées, souvent sources d’inquiétude liée à la désaffection, à la concurrence des écrans ou à la perte d’attention. Pourtant, les données les plus récentes dressent un tableau plus nuancé. L’étude « Les jeunes français et la lecture » réalisée par Ipsos BVA pour le Centre national du livre (CNL) qui vient d’être publiée, montre que les jeunes continuent de lire, mais autrement. Leurs habitudes évoluent, leurs formats de prédilection changent et les genres s’affirment. Comprendre ce que lisent les jeunes aujourd’hui permet de dépasser les idées reçues et de s’adapter à la réalité du marché. En quelques titres:Une lecture toujours présente, mais concurrencéeDes formats et des pratiques en pleine évolutionLes genres qui dominent : la BD/mangas et les romansLa bande dessinée, les mangas et comicsLes romans, dominés par l’aventure, le polar et l’imaginaireFocus sur la romance, un genre à plusieurs niveauxLes jeunes lisent toujours… et ils écrivent aussi !Une lecture toujours présente, mais concurrencée Selon l’étude du CNL, une majorité de jeunes continue de lire (84 % pour les études ou le travail et 81 % pour les loisirs), mais la fréquence diminue avec l’âge. Les enfants lisent davantage que les adolescents, qui eux-mêmes lisent plus que les jeunes adultes. Ce phénomène s’explique en partie par la montée en puissance des loisirs numériques : réseaux sociaux, plateformes de streaming et jeux vidéo occupent une place centrale dans le quotidien. La lecture n’a donc pas disparu, mais elle doit cohabiter avec d’autres usages, comme une activité parmi d’autres, souvent reléguée aux moments de calme ou de contrainte scolaire. Pour autant, la lecture de loisir est globalement stable par rapport à 2024. Il ne faut donc pas conclure à un désintérêt : 81 % des jeunes déclarent aimer lire, même s’ils ne le font pas aussi régulièrement qu’ils le souhaiteraient. Ils sont quand même près d’un tiers à lire tous les jours ou presque. À lire aussi : Romance, young adult, littérature engagée… : qu’écrivent les jeunes aujourd’hui ? Des formats et des pratiques en pleine évolution L’étude souligne aussi une diversification des supports. Le livre papier reste dominant, mais les formats numériques progressent, notamment chez les adolescents et les jeunes adultes : 36 % des jeunes ont lu au moins un livre numérique (et 55 % le font sur leur smartphone) ; 43 % ont déjà écouté un livre audio, un support qui séduit ce public en recherche de formats plus flexibles. Parallèlement, les réseaux sociaux jouent un rôle déterminant dans la prescription : 28 % choisissent un livre après en avoir entendu parler sur Internet (32 % chez les 13-15 ans et 51 % chez les 16-19 ans). Les plateformes comme TikTok ou Instagram influencent fortement les choix de lecture à travers des vidéos courtes de recommandations, de listes ou d’avis spontanés. Ce phénomène transforme la manière de découvrir des livres. Les jeunes ne passent plus uniquement par l’école, les librairies ou les médias traditionnels, mais s’appuient sur des communautés en ligne souvent très engagées. Néanmoins, les conseils des proches restent le premier vecteur de prescription à 44 % (cercle familial, amis, enseignants…). À lire aussi : Le marché du livre audio et les tendances pour 2026 Les genres qui dominent : la BD/mangas et les romans L’étude confirme une tendance déjà observée ces dernières années : certains genres dominent largement les préférences des jeunes lecteurs et lectrices. La bande dessinée, les mangas et comics Ils représentent 75 % des domaines littéraires lus par les jeunes lecteurs pour leurs loisirs. Les albums de BD dominent le marché avec 57 %, tandis que les mangas sont troisièmes du classement avec 46 %. Les comics représentent 13 %. Jusqu’à 12 ans, les lecteurs lisent d’abord de la BD, puis se tournent vers les mangas à 13-15 ans, avant d’aller vers les romans à 16-17 ans. À lire aussi : Les BD et romans graphiques incontournables Les romans, dominés par l’aventure, le polar et l’imaginaire La deuxième place du classement des lectures de loisirs chez les jeunes est occupée par les romans (46 %). Ils lisent en priorité : des romans d’aventure (43 %) ; des littératures de l’imaginaire (fantasy, science-fiction, dystopie, fantastique…) pour 36 % ; des romans policiers ou d’espionnage (30 %) ; de la romance (29 %). Les romans d’aventure et les littératures de l’imaginaire permettent de s’évader en abordant des thèmes contemporains comme l’identité, le pouvoir ou les crises sociales. À lire aussi : Littérature jeunesse, Young Adult : les différentes classifications des manuscrits jeunesse Focus sur la romance, un genre à plusieurs niveaux Le récent scandale autour de la dark romance de l’autrice Jessie Auryann a remis en avant la question de la classification des romans en fonction de la présence de scènes explicites (qu’il s’agisse de violence, de sexe ou de nudité). On peut distinguer plusieurs niveaux : les romances « clean » sans aucune scène explicite et centrées sur les émotions et la relations ; les romances « new adult » avec des scènes intimes, mais intégrées au développement des personnages et abordées avec une certaine pudeur ; la dark romance au contenu plus cru, parfois associé à des thématiques sombres ou controversées. La dark romance est le sous-genre préféré des lectrices de 16 à 19 ans (57 %), alors que les plus jeunes se tournent plutôt vers les romans d’aventure jusqu’à 12 ans et la SF à partir de 13 ans. La dark romance est néanmoins en nette progression dès 13 ans (+ 7 points par rapport à 2024). À lire aussi : Les nouvelles tendances de la romance dans l’édition Contrairement au cinéma ou aux jeux vidéo, le livre ne dispose pas d’un système de classification officiel en France. Les indications reposent souvent sur les éditeurs, les libraires ou les communautés de lecteurs. L’influence des réseaux sociaux n’est pas non plus à négliger, car ils participent largement à la diffusion de romans explicites, parfois auprès d’un public très jeune. Cela soulève plusieurs enjeux : la responsabilité de ceux qui prescrivent, la capacité des jeunes à choisir des lectures adaptées et le rôle des parents, enseignants et professionnels du livre. Les jeunes lisent toujours… et ils écrivent aussi ! De nombreux écrivains ont débuté à l’adolescence, voire dans leur enfance. C’est toujours vrai aujourd’hui : contrairement aux idées reçues, 92 % des jeunes de 14 à 18 ans ont une activité plus ou moins régulière d’écriture (étude INJEP 2023). Ils sont même plus de la moitié à écrire tous les jours ou presque, essentiellement des histoires, des fanfictions ou des chansons/rap/slam. Il ressort de l’étude du CNL une certaine transformation du rapport à la lecture. Les jeunes lisent davantage selon leurs envies que selon les prescriptions institutionnelles. Ils abandonnent plus facilement un livre qui ne leur plaît pas, privilégient les récits immersifs, les personnages forts et les histoires qui résonnent avec leur vécu. La lecture devient une expérience personnelle plus libre : les jeunes lisent avant tout pour se détendre, se faire plaisir et s’occuper. Vous avez entre 18 et 25 ans et l’un de vos manuscrits attend sagement d’être publié ? Vous hésitez à vous lancer dans l’aventure ? Découvrez toutes les informations sur notre offre gratuite et notre offre à petit prix ! Pour aller plus loin : Elmer, Archibald, Cornebidouille… : les 20 albums jeunesse incontournables à lire avec les enfants Quels sont les différents genres de la romance ? Maisons d’édition : le classement 2025 en France